Aryeh Levin et Baroukh Douvdevani (Crédit: Wikipédia)

PORTRAIT. Baroukh Douvdevani, l’homme à l’origine du retour de plus d’un million de Juifs en Israël

Il a risqué sa vie en Italie, en Libye, au Maroc et en Iran. C’est l’histoire de Baroukh Douvdevani, homme politique israélien du 20ème siècle. Représentant du sionisme religieux, il est celui qui dirigera au cours de sa carrière le département immigration de l’Agence juive et le centre pour l’éducation religieuse en Israël. Un homme exceptionnel dont nous commémorions la mort cette semaine.

Par Ilana Ferhadian

Baroukh Douvdevani, de son véritable nom Baroukh Kirschenbaum naît en 1916 à Lublin en Pologne. Une famille profondément attaché au sionisme, qui décide de faire son Alyah en Palestine britannique dès 1928. Baroukh a alors 12 ans et grandit à Jérusalem. Il fera ses études à la Yeshiva Etz Hayim puis au Merkaz Harav, alors la yeshivah la plus importante du mouvement sioniste religieux dirigée par le rabbin Abraham Isaac Kook.

Très curieux et intelligent, on sait que Baroukh Douvdevani étudiera aussi l’histoire du peuple juif et la littérature juive à l’Université Hébraïque de Jérusalem. C’est à ce moment-là qu’il se rend compte véritablement qu’il souhaite dédier sa vie à la renaissance du peuple d’Israël.

En effet, il fera notamment parti, en 1937, à l’âge de 21 ans, des fondateurs du Brit Hash-Monaïm, un mouvement de jeunesse sioniste-religieux dont il assurera la vice-présidence jusqu’à sa dissolution en 1949. Au sein du mouvement, il y consacre surtout à une mission éducative, éditant par exemple le journal du mouvement. 

Le sionisme dans la peau : l’Italie premier tremplin

Mais c’est surtout à l’Irgoun qu’il fera de vraies actions de terrain. L’Irgoun, pour rappel qui est l’Organisation militaire nationale» dirigée par Menahem Begin.

Il sera d’ailleurs arrêté trois fois par les Britanniques et brièvement incarcéré à la prison centrale de Jérusalem et dans un camp de détention à Latroun en Samarie. Pendant ce séjour carcéral, où il deviendra proche du rabbin Aryeh Levin, il renforce encore d’avantage son sionisme et ses idées. Evidemment, la Seconde Guerre mondiale marquera véritablement un tournant dans l’histoire de Baroukh Douvdevani. C’est en effet à la suite de la Shoah, et de la prise de conscience du désastre ayant touché les communautés juives d’Europe qu’il décide de partir en mission pour secourir les survivants.

En 1945, à l’âge de 29 ans, il se lance alors le défi de faire monter illégalement les milliers de rescapés de la Shoah, qui avaient traversés l’Europe vers l’Italie pour rejoindre Israël. C’est un certain Meir Bar-Ilan, le chef du mouvement Mizrahi qui le convainc de se rendre en Italie en tant que représentant de l’Agence juive dans les camps de réfugiés.

Sa femme et ses deux enfants ne pouvant l’accompagner, il part seul en Italie, pendant 3 ans, sans pouvoir rentrer. Pendant ce temps, le jour il enseigne l’hébreu et le judaïsme aux rescapés et, la nuit, il prépare leur Alyah illégale. Sur place, Baroukh Douvdevani administre dans le Sud de l’Italie un camp de 400 000 survivants de la guerre. 

La mission sioniste en Lybie

Après l’indépendance d’Israël, en 1948, Baroukh Douvdevani devient ainsi chef de l’antenne romaine du département de l’Alya de l’Agence juive. Sa tâche est de superviser l’émigration des rescapés de la Guerre en Israël.

Cette fonction l’amènera, un an plus tard, à quitter l’Italie et à être dépêché à Tripoli, capitale de l’ancienne Libye italienne qui à cette époque est sous administration britannique. Baroukh Douvdevani arrive sur place en mars 1949, quelques mois seulement après l’autorisation faite aux Juifs d’émigrer vers Israël, octroyée par les Britanniques. L’homme se donne donc pour objectif d’organiser le transfert de la communauté juive locale vers Israël. 15 000 personnes entendront sous appel, et se rassembleront autour de la synagogue de la ville.

Ses mots: « le temps du retour est arrivé » ! Des mots qui touchent chacun des juifs présents. Doudvedani va donc travailler jour et nuit pour les faire partir. En 3 ans, 30 000 juifs de la Libye, soit la majeure partie de la communauté, vont rejoindre la terre sainte. Douvdevani mettra aussi en place une compagnie spéciale, la CABI, chargée d’effectuer des payements en avance aux propriétaires juifs, et de retarder la vente de leurs biens afin que leur valeur ne soit pas dévaluée. 

L’empreinte de Douvdevani est telle, qu’en Libye, il jouira auprès de la communauté d’une grande popularité. Perçu comme l’initiateur d’un mouvement messianique, on retrouvera son nom en bonne place dans le folklore de la communauté libyenne en Israël, où il apparaît dans de nombreux poèmes.

L’alyah des juifs d’Afrique du Nord

Mais après l’Italie et la Libye, il ne s’arrête pas là et s’intéresse à l’Afrique du Nord. Nous sommes alors en 1953, Douvdevani est nommé à Paris pour diriger la section de l’immigration à partir de l’Europe et de l’Afrique du Nord. Il se rend fréquemment en Algérie, au Maroc et en Tunisie pour réaliser des départs en masse, avant que ces pays n’accèdent à l’indépendance et n’empêchent les Juifs d’émigrer en Israël.

Mais il fallait s’y attendre. Trois ans plus tard, en 1956, le Maroc reçoit son indépendance et expulse les envoyés de l’agence juive. L’Alyah devient alors illégale, mais, tenace, Baroukh Douvdevani arrive à rejoindre le Maroc et à entrer dans le camp des juifs bloqués à la frontière. En fait, sa stratégie est d’organiser une révolte pour faire plier les autorités. Et ça fonctionne. L’Agence juive reçoit l’autorisation de faire monter 9 000 juifs du camp. Pendant ce temps, Douvdevani falsifie les listes et permet à 15 000 juifs de monter sur des bateaux via Tanger et Gibraltar.

Son appel au Chah d’Iran, puis l’Europe de l’Est

L’homme est ensuite appelé en Iran pour gérer une crise importante. Alors que de nombreux juifs irakiens rejoignent l’Iran, pour transiter de Chypre vers Israël, le pays change brutalement de politique et menace les juifs de les renvoyer en Irak. Mais c’était sans compter sur la volonté de fer de Douvdevani qui arrive à avoir un entretien avec le Chah d’Iran.

Baroukh Douvdevani participera ensuite aux retours des juifs du Kurdistan, d’Argentine puis de Pologne. Il mènera incontestablement une vie d’action incessante pour son peuple, en aidant au total plus d’un million de juifs à rejoindre leur terre.

Une ambition politique

L’occasion aussi pour lui de se lancer en politique. Douvdevani se présentera aux élections israéliennes de 1965 en tête de liste du Mafdal, le parti national religieux (aujourd’hui fusionné avec le Foyer Juif) pour la mairie de Jérusalem. Baroukh Douvdevani manœuvrera ensuite pour faire entrer son parti dans la coalition dirigée par Teddy Kollek. Enfin, à partir de 1969, Douvdevani dirigera le centre pour l’éducation religieuse jusqu’à son décès.

Une mort tragique en 1984, dans un accident de voiture. Baroukh Douvdevani sera enterré au Mont des Répits, à Jérusalem, et plusieurs milliers d’Israéliens assisteront aux obsèques. Aujourd’hui une rue et une école portent son nom. On souhaitait donc rendre un hommage à Baroukh Douvdevani, décédé le 28 mars 1984.

Ilana Ferhadian