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L’argent du Qatar pour calmer le Hamas

On se souvient des images des valises de billets transportées par des émissaires du Qatar pour les distribuer aux habitants de Gaza. Cette année, l’émirat du Golfe renouvelle son programme d’aide au territoire palestinien côtier. Et cette fois, ce n’est plus pour six mois mais pour l’année entière. C’est un montant global de 360 millions de dollars qui sera versé pour la Bande de Gaza et l’accord s’est conclu directement entre les gouvernements israélien et qatari. Bien que les deux pays n’aient pas de relations diplomatiques, Israël laisse le Qatar jouer un rôle humanitaire dans le territoire palestinien, en crise économique permanente.

Le Qatar versera 30 millions de dollars chaque mois, soit 6 millions de plus qu’en 2020. L’argent ira en priorité aux plus défavorisés, qui pourront prouver qu’ils ont perdu leur emploi et recevront 100 dollars chaque mois. Le reste sera attribué au paiement des salaires des fonctionnaires de la Bande de Gaza et au paiement du carburant nécessaire au fonctionnement de la centrale électrique de l’enclave palestinienne. Ce qui n’empêchera pas le Hamas de toucher au passage un bénéfice sur la fourniture de courant qu’il vend à sa population.

Si Israël maintient cet arrangement avec le Qatar, c’est parce qu’il permet de maintenir un calme relatif dans la Bande de Gaza et aussi longtemps que le Hamas n’a pas à affronter sa population, il est moins tenté d’attaquer Israël pour détourner l’attention.

Israël s’est retiré unilatéralement de la Bande de Gaza en 2005, alors que le territoire était encore administré par l’Autorité Palestinienne. Mais en 2007, le Hamas s’est emparé du pouvoir par la force et depuis c’est l’organisation islamiste qui est restée en place. Israël contrôle les points de passage vers son territoire, qui servent essentiellement à l’acheminement des marchandises, tandis que la Bande de Gaza a une frontière avec l’Egypte. Depuis l’opération Bordure Protectrice de l’été 2014, les relations entre Israël et le Hamas s’effectuent par l’intermédiaire de pays tiers, principalement l’Egypte. C’est par la médiation égyptienne qu’avait été élaboré un plan de cessez-le-feu, qui devait déboucher sur une trêve de longue durée, avec un certain nombre de concessions israéliennes, notamment des autorisations pour la construction d’un port et d’autres infrastructures.

Mais ce plan n’a jamais dépassé sa première phase, essentiellement à cause des violations du cessez-le-feu par le Hamas qui tire périodiquement des roquettes et des ballons incendiaires contre le sud d’Israël. Mais aussi parce que l’organisation islamiste palestinienne refuse toujours de restituer les deux civils entrés sur son territoire il y a plus de six ans, un Bédouin israélien et un jeune immigrant d’Ethiopie, tous deux souffrant de troubles psychologiques. Et le Hamas refuse bien sûr de rendre les dépouilles des deux soldats de Tsahal tués dans les combats de l’été 2014. Il exige en contrepartie la libération par Israël de plus d’un millier de terroristes, une condition inacceptable pour le gouvernement israélien.

En attendant, l’argent du Qatar est censé parer au plus pressé pour les habitants de Gaza et donner un peu de calme aux habitants du sud d’Israël.

Pascale Zonszain