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« Djénine-Djénine », clap de fin ?

En Israël, tous ceux qui ont connu la période terrible de la seconde intifada, n’ont pas oublié Djénine-Djénine. Au printemps 2002, les attentats suicide palestiniens dans les villes israéliennes sont devenus presque quotidiens. Le soir de Pessah, un kamikaze se fait sauter avec sa bombe dans la salle à manger de l’hôtel Park à Netanya, où des familles célèbrent le Séder. Il fera 30 morts et 160 blessés. Deux jours plus tard, le Premier ministre Ariel Sharon lance l’opération Rempart. Tsahal reprend le contrôle des agglomérations palestiniennes pour démanteler les réseaux terroristes.

Une de ces actions se déroule dans le camp de Djénine, en Samarie, une des bases d’où partent la plupart des attaques vers le nord d’Israël. Tsahal avertit la population civile de quitter les lieux avant d’ouvrir les hostilités. Les combats contre les terroristes armés de fusils d’assaut et de bombes, se déroulent dans des conditions particulièrement difficiles, alors que les terroristes tirent depuis des maisons, dont les habitants sont restés sur place et qui leur servent de bouclier humain. Un détachement de réservistes israéliens tombe dans une embuscade, qui fera 13 morts dans leurs rangs. La presse n’est pas autorisée à pénétrer dans le camp. Du coup, les Palestiniens affirment que les soldats israéliens seraient en train d’y perpétrer un massacre, des allégations largement reprises par la presse internationale. Le bilan final des affrontements dans le camp de Djénine sera de 65 Palestiniens tués, dont plusieurs civils non combattants et 23 soldats de Tsahal tués, sur les 26 tombés durant l’opération Rempart.

Quelques semaines plus tard, l’acteur et réalisateur arabe israélien Mohamed Bacri entreprend le tournage d’un film documentaire sur la bataille du camp de Djénine, partiellement financé par l’Autorité Palestinienne. Il filme les dégâts laissés par les combats, et introduit notamment des séquences censées montrer des blindés de Tsahal en train d’écraser des blessés palestiniens. Sauf que les images n’ont rien à voir et sont montées de telle sorte que l’on croit voir une scène réelle. Les Palestiniens interrogés racontent des scènes de pillage ou de massacre, pour étayer la thèse du réalisateur sur des crimes de guerre qu’auraient commis les soldats israéliens.

Quand le film sort en Israël, c’est la sidération. Des réservistes qui ont participé aux combats dans le camp de Djénine dénoncent des mensonges délibérés et donnent une version très différente des événements. En 2003, la Cour Suprême ordonne, au nom de la liberté d’expression, même la reprise de la projection du documentaire, qui avait été interdite par l’office du film. Plusieurs poursuites en diffamation n’aboutiront pas, même quand les juges confirment que le documentaire est mensonger.

En tout cas jusqu’à l’action intentée par Nissim Magnadji, un réserviste de Tsahal, qui figure dans le film et qui est clairement identifiable. C’est lui qui vient d’obtenir du Tribunal de District de Lod un jugement contre Bacri qui devra lui verser un dédommagement pour l’avoir diffamé, et qui ne pourra plus faire projeter son film en Israël. Entretemps, la presse internationale et même l’Onu auront reconnu qu’il n’y a pas eu de massacre à Djénine. Mais le mal était déjà fait.

Pascale Zonszain