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La mémoire manque encore pour les Juifs orientaux en Israël

En fait d’anniversaire, il est plutôt oublié en Israël, et pas seulement à cause de la crise du Covid. Ce n’est que récemment, en 2014 que la date du 29 novembre, a été inscrite au calendrier officiel, pour commémorer le drame de 900 000 Juifs, qui entre 1948 et 1967, vont devoir quitter l’Iran, la Syrie, l’Irak, l’Egypte, le Yémen, la Lybie ou le Maroc, fuyant les pogroms, les spoliations, les menaces de mort ou l’emprisonnement. Deux tiers d’entre eux rejoindront Israël. 300 000 autres finiront aussi par s’y établir, notamment après la guerre des Six Jours.

Dans le récit national israélien, on connait l’histoire des Juifs du Yichouv qui ont dû prendre les armes pour défendre leur pays, menacé de disparition par les armées arabes avant même d’avoir vu le jour. On connait aussi les vagues d’alyah venues de l’Europe de l’Est et celle des survivants de la Shoah. Mais pour les Juifs des pays arabes, venus eux aussi construire le jeune Etat d’Israël, le travail de mémoire reste à faire. Leur histoire commence à être enseignée dans les écoles, et fait aussi l’objet de travaux d’historiens. Mais il manque encore un véritable cadre mémoriel, comme par exemple celui de Yad Vashem.

Car sans mettre les deux histoires en concurrence, les Juifs orientaux ont eux aussi besoin de faire entendre leur drame, celui d’un monde qui a basculé avec la naissance de l’Etat d’Israël, quand les pays où ils étaient établis depuis des siècles les ont rejetés, dépouillés, emprisonnés, quand ils ne les ont pas massacrés. D’ailleurs, eux aussi auraient pu être rattrapés par la Shoah, comme l’ont été les Juifs de Tunisie. Et le mouvement nationaliste arabe avait tissé des liens étroits avec le régime nazi, à commencer par le Mufti de Jérusalem.

Après la guerre, ceux qui ont pu fuir ont pour la plupart tout laissé derrière eux, leurs biens, leurs maisons, mais aussi leur mémoire. Dans l’esprit des fondateurs de l’Etat d’Israël, et dans la vision étatique de Ben Gourion, il fallait créer un homme nouveau, coupé de tout ce qui pouvait rappeler la faiblesse du Juif de diaspora. Cela valait aussi pour les immigrants venus d’Orient, qu’il fallait fondre dans un seul moule. Il a fallu deux générations avant que les Juifs séfarades, les « Orientaux » comme on les appelle en Israël, commencent à revendiquer la richesse de leur culture, au-delà de leur intégration, alors qu’ils étaient déjà majoritaires sur le plan démographique.

Parallèlement à l’aspect purement culturel et historique, le gouvernement israélien a également entrepris de conduire la même mission que pour les Juifs d’Europe victimes de la Shoah : obtenir la restitution et l’indemnisation des biens juifs spoliés dans les pays arabes et en Iran. Une tâche complexe et délicate qui mobilise le ministère des Affaires étrangères, et le cabinet du Premier ministre et qui s’effectue encore dans l’ombre. On estime à plusieurs milliards de shékels la valeur des biens spoliés aux Juifs d’Orient et du Maghreb depuis la fin des années 40.

Pascale Zonszain