(Crédit: DR)

Jonathan Pollard vraiment libre

Dans l’histoire de ses étroites relations stratégiques avec les Etats-Unis, l’affaire Pollard est de celles qu’Israël préférerait oublier.

Jonathan Pollard, analyste civil de la marine américaine, a toujours eu à cœur la sécurité d’Israël. Son travail lui donne accès à des informations classifiées, qu’il pense être utiles à la défense israélienne. C’est de sa propre initiative qu’il prend contact avec Israël, en 1984, pour une offre de services. Au Mossad, on ne tient pas à prendre le risque de recruter un citoyen américain sur le territoire des Etats-Unis.  Mais Rafi Eitan, alors à la tête du Lakam, une agence de renseignements sous le commandement du ministère israélien de la Défense et spécialisée dans la collecte d’informations à caractère technologique, décide d’accepter l’offre de Pollard. Le Lakam sera d’ailleurs démantelé à la suite de  l’affaire Pollard.

L’analyste américain transmettra durant dix-huit mois des informations à Israël, avant d’être repéré par le contre-espionnage américain. On connait les circonstances rocambolesques de son arrestation, le 21 novembre 1985, alors que Jonathan Pollard et sa première épouse Paula, s’étaient réfugiés à l’ambassade d’Israël à Washington, dans l’espoir d’être exfiltrés. Le gouvernement israélien avait alors refusé d’intervenir et le couple avait dû quitter le bâtiment, pour tomber entre les mains des agents fédéraux.

On a appris depuis que les dirigeants israéliens étaient informés de l’action de Jonathan Pollard, même s’il a fallu près de dix ans pour que Jérusalem reconnaisse à demi-mot son implication. Le juge chargé du procès avait refusé le marché passé entre le procureur et l’espion, qui bien qu’ayant plaidé coupable, fut condamné à la réclusion à perpétuité. C’est à l’issue de sa peine incompressible de trente ans, qu’il était enfin remis en liberté conditionnelle en novembre 2015.

Dès le début des années 90, les gouvernements israéliens successifs avaient pourtant essayé, sans succès, de plaider sa grâce. En 1995, Jonathan Pollard se voyait octroyer la nationalité israélienne, ce qui permettait au moins de faire fonctionner les canaux diplomatiques, pour justifier l’intérêt d’Israël pour celui qui était devenu l’un de ses ressortissants.

Mais même les administrations considérées comme favorables à Israël avaient toujours refusé toute libération anticipée. Quand un président semblait en voie d’être convaincu par les arguments israéliens, c’était la CIA ou le Département de la Défense qui opposait un véto catégorique. Malgré la poursuite du dialogue stratégique bilatéral, la libération de Jonathan Pollard restait pour les Américains une ligne rouge infranchissable. L’affaire Pollard était devenue un exemple en forme d’avertissement pour dissuader Israël ou tout autre pays allié de recruter des Américains pour espionner sur leur territoire.

Finalement, les Etats-Unis auront tenu jusqu’au bout, même si certains estiment que la libération définitive de Jonathan Pollard serait encore un geste de l’administration Trump à l’égard d’Israël.

Pascale Zonszain