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Le jeu dangereux d’Erdogan

La Grèce a plus que jamais besoin de tous ses alliés, dont Israël, pour contrer les ambitions de la Turquie, qui veut sa part de la manne gazière en Méditerranée orientale, quitte à remettre en cause pour cela la souveraineté grecque. C’est la continuité de la politique du président Erdogan, qui ne désespère pas de refaire de son pays une puissance régionale. Car il n’y a pas que sur l’enjeu du gaz que le président turc montre les muscles, au moins sur le plan rhétorique.

Vis-à-vis d’Israël, Erdogan s’était illustré au début du mois en affirmant que Jérusalem appartenait à la Turquie car les Turcs y avaient vécu avec les Palestiniens durant des siècles. Le président turc n’a pas hésité non plus à condamner les accords de normalisation intervenus en septembre entre Israël et les Emirats Arabes Unis et Bahreïn, alors pourtant que la Turquie entretient depuis des décennies des relations diplomatiques avec Israël.

Et les ambitions d’Erdogan se tournent aussi vers les Palestiniens, dont il veut être le nouveau défenseur. Le mois dernier, il a accueilli une rencontre entre dirigeants du Fatah et du Hamas, pour encourager la réconciliation entre les deux mouvements palestiniens rivaux. Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité Palestinienne, de plus en plus isolé diplomatiquement, songe à suivre les conseils d’Ankara, alors même qu’un accord concret avec le mouvement islamiste palestinien pourrait lui coûter le pouvoir, en cas d’élections générales qui n’ont plus eu lieu depuis près de quinze ans dans les territoires autonomes.

Ce faisant, la Turquie cherche à prendre la place de l’Egypte comme médiateur traditionnel entre l’Autorité Palestinienne et le Hamas. Il faut dire que les relations entre les deux pays se sont considérablement dégradées depuis que le président égyptien Muhammad Morsi, soutenu par Erdogan, avait été évincé du pouvoir par le général al Sissi.

Et le président turc estime qu’il a maintenant une carte à jouer pour étendre son influence auprès d’autres islamistes sunnites, notamment à Gaza, au moment où les Etats arabes sunnites sortent les uns après les autres du consensus anti-israélien. Dix ans après l’affaire du Mavi Marmara, la flottille turque pour Gaza, et malgré le compromis obtenu à l’arrachée en 2017 par le président Obama entre Jérusalem et Ankara, Erdogan n’a pas tenu son engagement de faire cesser toute activité du Hamas depuis son territoire. La semaine dernière, le quotidien britannique Times, avait révélé qu’une unité cyber du Hamas opérait depuis la Turquie, officiellement sans que les autorités d’Ankara en soient informées. Et en août dernier c’était un autre journal britannique qui révélait que la Turquie avait accordé la citoyenneté à 12 Palestiniens de la branche armée du Hamas. Des passeports turcs qui facilitent leur circulation et leurs activités, y compris dans les pays qui ont mis le Hamas sur la liste des organisations terroristes. Une autre facette du jeu dangereux du président Erdogan. 

Pascale Zonszain