Le procès de Benyamin Netanyahou à Jérusalem (Crédit: DR.)

Netanyahou renforce la construction juive à Jérusalem

Période électorale ou pas, l’annonce de construction de logements à Jérusalem est toujours un sujet sensible. Benyamin Netanyahou a donc autorisé le lancement de deux chantiers d’envergure, celui d’un quartier supplémentaire à Har Homa, et celui d’un nouveau quartier à Guivat Hamatos.

Il s’agit de deux zones situées à l’extrémité sud-est de Jérusalem, c’est-à-dire dans des territoires annexés à la suite de la guerre des Six Jours. Guivat Hamatos se trouve au sud du quartier arabe de Beth Safafa. Har Homa est encore plus au sud, après les quartiers arabes de Tsur Baher et de Umm Touba. Et si l’on continue encore vers le sud, l’agglomération la plus proche est la ville palestinienne de Bethléem.

Har Homa a été fondé en 1997, après plusieurs tentatives d’urbanisation qui avaient échoué. C’est finalement sous le premier gouvernement Netanyahou que le projet s’était concrétisé. A l’époque, il avait déclenché des émeutes et des tensions avec l’Autorité Palestinienne. Dix ans plus tard, l’extension du quartier, autorisée par le gouvernement d’Ehud Olmert, avait aussi provoqué des frictions avec les Etats-Unis. Mais Israël avait tenu bon, en affirmant que la construction à l’intérieur des limites municipales de Jérusalem n’était pas négociable, d’autant qu’une partie de ces terrains auraient dû se retrouver sous contrôle israélien selon le plan de partage de 1947.

Seulement, en autorisant l’urbanisation de Har Homa, le gouvernement israélien coupait toute continuité territoriale entre les quartiers arabes du sud de Jérusalem et la ville de Bethléem. Ce qui a d’ailleurs été la politique constante des gouvernements israéliens depuis 1967. Il faut rappeler qu’après la guerre des Six Jours, les limites municipales de Jérusalem ont été étendues au nord jusqu’à Ramallah et au sud jusqu’à Bethléem. La capitale israélienne devenait ainsi une zone tampon qui isolait l’un de l’autre le nord et le sud de la Cisjordanie, c’est-à-dire la Samarie et la Judée. A l’intérieur de ce périmètre se trouvaient, outre la ville occidentale juive, la vieille ville et les quartiers arabes limitrophes, d’importantes zones inhabitées et des villages arabes qui sont devenus des quartiers de la ville.

Reconnaissance implicite

Jérusalem a donc toujours constitué une position stratégique, avant même le début du processus de règlement du conflit israélo-palestinien. Et comme avant l’indépendance, où il s’agissait de peupler en priorité les limites géographiques du futur Etat, dès le début des années 70, le gouvernement israélien a veillé à édifier des quartiers juifs sur les nouvelles limites municipales de Jérusalem, tels que Gilo ou Pisgat Zeev, de façon à conserver le contrôle géographique mais aussi démographique de la ville.

En annonçant la construction de 2.200 unités de logement à Har Homa, de 3.000 unités pour Guivat Hamatos, mais aussi de 1.000 logements pour le quartier arabe voisin de Beth Safafa, Benyamin Netanyahou poursuit la même politique. Mais il reconnait implicitement qu’il l’avait freinée depuis dix ans, probablement pour ne pas provoquer son allié américain.

Pascale Zonzsain