Mahmoud Abbas a prononcé mardi un discours contre le plan de paix américain au conseil de sécurité de l'ONU. Crédit: DR.

La peur de Mahmoud Abbas

Depuis qu’il a succédé à Yasser Arafat fin 2004, on n’a cessé de prédire la chute imminente de Mahmoud Abbas. Et pourtant, le second chef de l’Autorité Palestinienne entame sa seizième année au siège de la Muqataa. Il reste l’interlocuteur de la communauté internationale qui le traite en chef d’Etat, qu’il soit reçu par un dirigeant politique ou invité du Conseil de Sécurité.

C’est qu’à ce jour, Mahmoud Abbas, âgé de 85 ans, demeure la seule figure politique palestinienne. Bien qu’il n’ait plus organisé d’élections dans les territoires autonomes depuis quinze ans et que son mandat présidentiel ait formellement expiré, il garde sa légitimité intérieure et internationale.

Le chef de l’Autonomie ne gouverne plus que la moitié des territoires palestiniens, puisque le Hamas s’est emparé du pouvoir dans la Bande de Gaza par la force en 2007. Le mouvement islamiste constitue la principale menace contre son régime. Et qu’il s’agisse d’Israël, des Etats-Unis, des pays arabes ou du reste des Etats du monde – à l’exception peut-être de l’Iran – tous préfèrent encore le voir rester aux commandes, plutôt que d’avoir à traiter avec le Hamas, qui refuse catégoriquement de reconnaitre Israël et les accords d’Oslo.

Fort de ce soutien pragmatiste, Mahmoud Abbas tient fermement les territoires de Cisjordanie. Le fait que contrairement à Arafat, il n’estime pas que le terrorisme soit une arme valable contre Israël, plaide aussi pour son maintien au pouvoir. La coopération sécuritaire avec Israël, on l’a vu, lui sert d’ailleurs autant à contenir le conflit qu’à se protéger lui-même contre le Hamas.

Pourtant, le dirigeant palestinien ne s’est jamais montré capable ni disposé à aller plus loin sur la voie d’un règlement négocié avec Israël. Il a eu face à lui trois administrations américaines depuis son arrivée au pouvoir. Que ce soit avec les présidents Bush, Obama et maintenant Trump, Mahmoud Abbas n’a jamais accepté aucun plan de paix. Il a même rejeté la proposition d’Ehud Olmert, certainement le chef de gouvernement à avoir fait l’offre la plus généreuse jamais faite par Israël.

En ce qui concerne la politique intérieure de l’Autonomie, le régime souffre de corruption et n’entre pas précisément dans les critères d’un système démocratique. Les milliards de dollars d’aide injectés dans l’économie par les pays donateurs depuis plus de vingt-cinq ans, ont surtout servi à enrichir ceux qui tiennent le pouvoir. Mahmoud Abbas maintient ses administrés dans un système de dépendance. Et s’il n’encourage pas le recours au terrorisme, il contribue à le légitimer en laissant ses médias en faire l’apologie et surtout en finançant les familles des terroristes éliminés ou en versant un salaire à ceux qui sont emprisonnés par Israël. C’est environ 7% du budget annuel de l’Autonomie qui y est consacré.

Personne ne sait ce qui se produira quand Mahmoud Abbas aura quitté le pouvoir. Lui-même ne semble pas y préparer ses institutions. Mais ce qui est certain, c’est qu’il n’est pas disposé à envisager un avenir qui comprendrait une paix avec Israël. Ce n’est apparemment pas le souvenir qu’il veut laisser dans l’histoire.

Pascale Zonszain