Israël-Oman, 50 ans de relations officieuses

Le sultanat d’Oman est souvent qualifié de « Suisse » du Moyen-Orient, moins pour ses paysages que pour sa neutralité. Situé à l’est de la péninsule arabique, le royaume a sur sa frontière ouest l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, le Yémen sur sa frontière sud et surtout, il fait face à l’Iran situé sur la rive nord du détroit d’Ormuz. Une position stratégique qui en fait à la fois un site recherché – Oman abrite une des plus importantes bases américaines de la région -, mais aussi une localisation sensible, qui l’oblige à entretenir de bonnes relations avec ses voisins immédiats.

Dès le début des années 70, le sultan Qabous ben Saïd qui vient de prendre le pouvoir, comprend aussi l’intérêt de se rapprocher d’Israël. Les premiers contacts ont d’ailleurs lieu dès le début de son règne. D’abord de manière secrète, car l’ensemble du monde arabo-musulman oppose un front uni contre Israël.

Mais quand l’Egypte signe la paix avec Israël en 1979, Oman sera le seul pays à ne pas condamner publiquement la signature du traité. Puis, avec la signature des accords d’Oslo en 1993 et l’amorce du règlement du conflit israélo-palestinien, Israël propose au sultanat de franchir une étape, en étant le premier pays de la région sans relations diplomatiques avec Israël, à accepter de recevoir un chef de gouvernement israélien. Ce sera chose faite en 1994 avec la première visite à Mascate d’Itzhak Rabin, visite qui sera rendue publique dès le retour du Premier ministre à Jérusalem. En 1996, c’est au tour de Shimon Peres de se rendre à Oman. A cette occasion, les deux pays signeront un accord établissant des relations économiques bilatérales. Des missions commerciales seront même ouvertes dans les deux Etats, mais seront fermées au début des années 2000 avec l’éruption de la 2e intifada.

Pourtant, les relations officieuses ne vont jamais s’interrompre. Israël fournira notamment au sultanat une aide technologique pour l’aider à lutter contre sa pénurie en eau. Et le sultan Qabous restera un intermédiaire discret entre Israël et les pays arabes de la région. En 2008, le ministre omanais des Affaires étrangères rencontrera au Qatar son homologue israélienne Tsipi Livni. En octobre 2016, le sultan d’Oman dépêche un émissaire qui assistera aux funérailles de Shimon Peres à Jérusalem.

Depuis 2018, les relations bilatérales ont passé un cap supplémentaire avec la visite à Oman de Benyamin Netanyahou, reçu officiellement par le sultan Qabous. Un peu plus tard, c’est le ministre Israël Katz, alors au portefeuille des Transports, qui se rendra à Mascate pour discuter du projet de la ligne de la paix, une voie ferrée qui devrait relier la Méditerranée au Golfe Persique. Peu avant le décès du sultan Qabous, on évoquait la possibilité d’une reconnaissance officielle d’Israël par Oman. A Jérusalem, on espère que le nouveau monarque Haïtham Ben Tareq, suivra les traces de son cousin défunt.

Pascale Zonszain