La Radio Juive

L’assurance-maladie israélienne, pilote mondial anti-coronavirus

(Crédit: MDA)

La plupart des Israéliens ont découvert avec surprise que leur système de santé était un des meilleurs du monde. Chacun en Israël a dans la poche sa carte d’assurance-maladie, mais ne pense pas forcément à ce qu’il y a derrière. D’abord, le système ne date pas d’hier. Les premières caisses de maladie ont déjà plus d’un siècle. Longtemps avant l’indépendance, les « travailleurs hébreux d’Eretz Israël » avaient fédéré en un seul organisme, les services de santé dispensés aux agriculteurs de Judée, de Galilée et de Samarie.

Depuis, le système s’est généralisé pour développer au fil des années 4 caisses d’assurance-maladie, qui fournissent à tous les citoyens une assurance-santé publique gratuite, avec des prestations supplémentaires payantes. Et l’originalité du système israélien est que la caisse d’assurance est en même temps l’organisme qui fournit les soins médicaux, ce qui n’est pas le cas ailleurs. Avec la réforme du système de santé de 1993, les assurés sont libres de changer de caisse de maladie, chacune des quatre caisses devant fournir les mêmes prestations au même tarif et sans possibilité de refuser l’adhésion d’un nouveau membre, ce qui évidemment stimule la concurrence, au bénéfice de l’assuré.

Pour être plus concurrentielles, les caisses de maladie israéliennes se sont alors tournées vers l’innovation. C’est ainsi qu’elles ont été les premières au monde, il y a vingt ans, à informatiser toutes leurs données et les dossiers de leurs patients, puisqu’elles s’occupaient aussi de leurs soins. Cette masse d’informations leur a permis de mettre en place un système inédit de médecine préventive, en identifiant des groupes de population à risque, et de développer des batteries d’examens, qui ont permis de réduire de près de moitié les hospitalisations dans certaines pathologies, comme l’insuffisance rénale ou le cancer du côlon. Ce qui a aidé non seulement à sauver des vies, mais aussi à réduire considérablement les coûts de santé publique et leur impact sur l’économie nationale.

Cette analyse permanente de données médicales, et surtout sur un recul de vingt ans, est unique au monde. D’autant qu’aujourd’hui, elles sont traitées avec des techniques de plus en plus pointues d’intelligence artificielle, qui permettent d’affiner les  prévisions et d’identifier de nouveaux risques sanitaires, en fonction de multiples paramètres.

C’est cette spécificité israélienne qui a convaincu le groupe pharmaceutique Pfizer de choisir Israël pour un programme pilote mondial de vaccination anti-Covid. En fournissant massivement ses vaccins à Israël, cela lui permet d’en étudier, en temps réel, tous les effets sur tous les types de population, en fonction par exemple de leur comorbidité. Les informations qu’Israël fournit à Pfizer ne sont évidemment pas personnalisées, mais anonymes, sur la base des données collectées par les caisses d’assurance-maladie. La gestion de la campagne vaccinale en Israël permettra ainsi au groupe pharmaceutique de corriger les failles éventuelles de son produit et de mieux l’adapter aux différents types de patients.

Une formule gagnante pour les deux parties, qui explique qu’Israël ait obtenu de recevoir en priorité les vaccins commandés. Plus vite la vaccination sera terminée en Israël, plus vite le reste du monde pourra tirer les leçons de la campagne israélienne. 

Pascale Zonszain

LE 12-01-21 - 09:07