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«Pourquoi mon fils tue ?» : au procès de l’attentat de Trèbes, la mère du terroriste a parlé et agacé la Cour

France.

«Pourquoi mon fils tue ?» : au procès de l’attentat de Trèbes, la mère du terroriste a parlé et agacé la Cour
Le gendarme, Arnaud Beltrame assassiné en 2018 - DR

«Pourquoi mon fils tue ?» : au procès de l’attentat de Trèbes,  la mère du terroriste a parlé et agacé la Cour. 

La mère et l’une des sœurs de Radouane Lakdim ont été entendues ce mardi 31 janvier. L’une comme l’autre ont agacé la cour par leur silence obstiné et leurs nombreuses contradictions.

À la barre ce mardi 31 janvier, une mère  succède à une autre. La veille, il s’agissait de celle d’Arnaud Beltrame, le lieutenant-colonel qui a pris la place d’un otage lors de l’attaque du Super U de Trèbes. Aujourd’hui, il s’agit de celle de son assassin, le terroriste islamiste Radouane Lakdim. Celui contre lequel, dans un interminable huis clos, le militaire a lutté corps à corps, versant son sang et sa sueur.

Nadjma E.voilée, ne semble ne pas savoir ce qu’elle fait là, devant la cour d’assises spéciale de Paris.

Son fils ? Non, elle ne l’a pas vu glisser, lentement mais sûrement, le long de la funeste pente de la radicalisation. Pourtant, lors de son passage à l’acte le 23 mars 2018, elle a tout de suite pensé à lui.

Connait-elle les prévenus dans le box ?

Mais à la surprise générale, elle assure que ce n’est pas le cas : lorsque le président lui demande si elle reconnaît certains des accusés, elle lâche un bref «connais pas». «Quand même, vous en connaissez bien certains», rétorque le président, refusant d'être pris pour la dupe de cette énorme fumisterie. «Votre gendre...», tente-t-il à nouveau, désignant de la tête le box où est assis Ahmed A., le compagnon de l’une des sœurs du terroriste. Nadjma E. le dévisage. «Non, connais pas», dira-t-elle, catégorique.

Nadjma E. ne comprenant qu’«un petit peu» le français malgré son arrivée en France il y a trente-deux ans, un interprète parlant l’arabe est dépêché. «Je suis un peu surpris», confesse le président, «lors des investigations, vous avez été entendue à de nombreuses reprises, et sans interprète». Mais qu’il en soit ainsi : Nadjma E. aura un traducteur.

On demande à la mère comment son fils s’est procuré l’argent vraisemblablement utilisé pour acheter les armes qu’il détenait chez lui, dont notamment le couteau de chasse acheté au magasin «Pêche, Chasse, Passion» et utilisé pour tuer le colonel Beltrame. Nadjma E. explique que Radouane Lakdim aidait parfois son père, ouvrier agricole, lors des vendanges. «De temps en temps», aussi, elle lui donnait «40 ou 50 euros».

Et les couteaux retrouvés dans la chambre parentale, qu’en est-il ? 

L’un a été découvert dans une armoire, l’autre était placé en évidence sur un bureau. Un troisième était caché sous le matelas de l’une des sœurs de Radouane Lakdim. «Avant la perquisition, je ne savais pas que j’avais des couteaux chez moi. Je vous jure je ne savais pas», assure-t-elle, le regard fuyant. Avant de préciser que son mari utilisait parfois des couteaux «pour couper les branches des vignes» ou «pour égorger des moutons».

Et qu’en est-il du pistolet de Radouane Lakdim ? Nadjma E. pensait que c’était «un jouet». «Depuis que mon fils est petit il adore jouer avec des pistolets. Toujours quand on va dans les magasins, on achète des pistolets en jouet. C’est pour ça que ça m’a pas interpellé qu’il ait un pistolet».

Le président insiste : «Votre fils a tué quatre personnes avec une arme de poing.» Nadjma E. répond, prolixe tout à coup : «Jusqu’à maintenant je n’arrive pas à assumer que mon fils est parti faire une chose pareille. Suite à ça je suis rentrée à l’hôpital, j’arrivais pas à le croire. Quelle mère peut accepter que son fils ait fait une chose pareille? Aucune mère n’accepte ça. Non, je n’arrive pas à comprendre, j’aimerais bien comprendre. Si je savais qu’il allait commettre cet acte, j’aurais fermé la porte, je ne l’aurais pas laissé sortir».

Ce jour-là  toujours selon ses dires, Nadjma est sortie sur son balcon pour étendre son linge. Une voisine qui passait par là lui a dit «qu’il y avait un gars qui avait fait un attentat». Lors de sa première audition, Nadjma dit avoir eu «un mauvais pressentiment».

«Je regardais la télé, j’avais peur», rapporte-t-elle aujourd’hui, «je me suis dit “qui peut-il être, ce garçon? Ça pourrait être mon fils...». «Il y a plein de gens qui pourraient dire “ça ne pourrait jamais être mon fils”... Et vous, vous avez eu ce pressentiment...», souligne le président, soupçonnant que les proches de Radouane Lakdim étaient au fait de sa radicalisation.

Le ministère public est agacé.

 «On a l’impression que la radicalisation de votre fils est complètement ignorée de la famille Lakdim», s’étonne l’avocate générale. Comment une mère n’aurait-elle pas vu le regard de son fils s’éteindre peu à peu, sa barbe s’allonger d’année en année ?

Et pourquoi l’ADN de l’une de ses filles, Rachima, a été retrouvé sur la lame et le manche du couteau qui était caché sous son matelas ? Et l’ADN de Aïcha retrouvé sur le support de munition découvert dans la poubelle de la cuisine ? Se pourrait-il que, suspectant une perquisition, certains membres de la famille Lakdim aient, dans la précipitation, tenté de faire le ménage ? Nettoyé des preuves ?

«Avez-vous vu votre frère avec une arme ?», interroge le président la jeune soeur un tantinet provocatrice. «Je n’ai pas compris le sens de votre question», répond la jeune fille comme elle débiterait d’un ton automatique sa leçon. Le président, autoritaire : «La question est simple. Ne vous faites pas plus bête que vous ne l’êtes. Avez-vous vu votre frère avec une arme ?». Aïcha lui oppose son silence.

Mais après un silence interminable, Aïcha murmure, d’une voix enfantine, un imperceptible, un timide et ultime «...sais pas »

Michel Zerbib

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