En ce moment Écouter la radio

Guerre de l’information : l’AFP persiste à ne pas dire « terroriste »pour parler du Hamas

France.

Guerre de l’information : l’AFP persiste à ne pas dire « terroriste »pour parler du Hamas
AFP - X

L’AFP ne changera pas de ligne éditoriale très dérangeante. Le week-end dernier, la totalité de ses dépêches relatant la tentative de pogrom perpétrée dimanche soir au Daghestan sur un avion en provenance de Tel-Aviv décrivait celle-ci simplement comme un «assaut d’une foule hostile à Israël». Aucun des articles ne comportait les mots «juifs», «antisémites» ou «islamistes» ce qui est inouï  quand on sait que, non contente d’avoir voulu lyncher les passagers de l’avion, la foule s’en était prise aussi à des gens qui attentaient dans l’aéroport, exigeant de voir leur passeport.

Trois jours avant, Lefigaro.fr révélait les consignes de la direction de l’Agence à ses journalistes sur la couverture de la guerre entre le Hamas et Israël

Une note interne  expliquait notamment que le qualificatif «terroriste» était «proscrit» pour qualifier le Hamas. L’organisation pouvait être désignée comme un «mouvement islamiste palestinien», mais il fallait parler de «combattants du Hamas» et pas d’«islamistes du Hamas». Les rédacteurs ne devaient employer le qualificatif «terroriste» que s’ils rappelaient qu’il était utilisé «par les États-Unis, l’Union européenne et Israël».

Le directeur de l’information de l’AFP, avait justifié ces consignes en affirmant que le mot «terroriste» avait «perdu son sens». «Tous les gouvernements autoritaires du monde utilisent le mot pour parler de leurs opposants, par exemple, avait-il ajouté. Nous privilégions les faits dont nous pouvons témoigner nous-mêmes. La description détaillée des attaques atroces en Israël est claire pour le lecteur.»

La polémique s’est répandue au sein même de l’Agence et dans le monde politique. Très nettement , c’est l’ancien candidat macroniste à la mairie de Paris Benjamin Griveaux qui écrivait sur X (anciennement Twitter): «Bon ça suffit maintenant@afpfr! Le Hamas est une organisation TERRORISTE, pas un 'mouvement palestinien'.» Le sénateur LR Stéphane Le Rudulier estimait, lui, que l’AFP participe d’une «banalisation du terrorisme».

Jean-Luc Mélenchon lui répondait par le même canal en soutenant le choix de l’Agence : «En accord avec la rigueur sémantique de l’AFP. L’histoire nous donne raison. Le mot terrorisme est une diversion pour échapper à la justice internationale et justifier le droit au massacre.»

 La colère de la députée Renaissance des Bouches-du-Rhône Anne-Laurence Petel, s’est adressée à  l’AFP en lui demandant: «Pourquoi prendre des barbares pour des résistants? Et des massacres de juifs pour une guerre conventionnelle? […] Êtes-vous l’Agence Mélenchon Presse?» Après le massacre perpétré en Israël par le Hamas, le 7 octobre, le chef de La France insoumise a refusé de qualifier le Hamas de «terroriste» et toutes les figures connues de LFI l’ont imité, à l’exception notable du député de la Somme François Ruffin.

La droite et l’extrême droite vent debout contre l'Agence française d’information

Marine Le Pen a jugé dimanche que ne pas employer le mot qualificatif «terroriste», «c’est déjà une forme de complaisance» à l’égard du Hamas. Éric Ciotti, président des Républicains, a pour sa part apporté ce commentaire: «Quand on a vu, comme moi sur place, le degré de barbarie des actes du Hamas, on peut assimiler le refus extrêmement choquant de l’AFP de le qualifier de terroriste à une tentative d’atténuation de l’horreur.» En conférence de rédaction lundi matin, le PDG de l’AFP Fabrice Fries a appelé le personnel de l’Agence à «éviter d’importer au sein de l’Agence les procès d’intention».

L'AFP qui persiste et signe, explique notamment qu’«une agence n’est pas là pour dire qui sont les bons et les méchants, mais pour raconter ce qui se passe, de manière aussi exacte que possible». Dans ce courrier, que nous avons publié mercredi, il souligne que «les grandes agences mondiales, Reuters, Associated Press, AFP, ne se sont pas concertées et pourtant toutes suivent les mêmes règles». Il se félicite aussi, s’agissant de l’AFP, que ce soit «très bien compris par (ses) clients médias» et «qu’aucun semble-t-il n’a trouvé à y redire, bien au contraire».

Ces agences internationales, AFP en tête, comptent un grand nombre de médias à destination de publics musulmans parmi leurs clients. Business et éthique ne font pas bon ménage pour ces marchands d’information pseudo-neutres et la guerre de communication ne se joue pas à armes égales.

Michel Zerbib

Newsletter

Restez informé ! Recevez des alertes pour être au courant de toutes les dernières actualités.
Réagir à cet article

L'espace des commentaires est ouvert aux inscrits.
Connectez-vous ou créez un compte pour pouvoir commenter cet article.

Inscrivez vous à la newsletter
La météo locale
Chabbat Pin'has - 26/27 Juillet
Guerre de l’information : l’AFP persiste à ne pas dire « terroriste »pour parler du Hamas