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La loi de la jungle chez les Arabes israéliens

Israël.

La loi de la jungle chez les Arabes israéliens
Police israélienne après un crime à Uhm al-Fahm - Police israélienne

Six personnes ont été tuées hier en l'espace de quelques heures. Dans la minorité arabe en Israël, c'est la loi de la jungle, ou plutôt celle des clans mafieux qui règne. Mercredi matin, sur une route de Haïfa, deux hommes cagoulés sortent d'une voiture et mitraillent au fusil d'assaut le conducteur du véhicule qu'ils viennent de doubler. Il est tué sur le coup. Quelques heures plus tard, dans un village arabe de Galilée, même scénario, mais cette fois à l'intérieur d'une maison où deux hommes cagoulés font irruption et mitraillent toutes les personnes présentes. Quatre hommes et une femme, membres de la même famille, sont tués sur le coup. Bilan total : 6 tués en quelques heures. Apparemment, les deux événements seraient liés et le second serait une vendetta pour la mort de la 1ere victime, un homme d'une cinquantaine d'années, connu des services de police. Depuis le début de l'année, on en est à 186 Arabes israéliens victimes d'homicide, un chiffre jamais atteint. Et rien ne semble indiquer la moindre désescalade.

Les facteurs qui expliquent cette violence n'ont pas changé. On est en présence d'une dégradation constante qui a débuté il y a une dizaine d'années, avec la montée en puissance de clans arabes qui se disputent le contrôle du trafic d'armes, de drogue et d'entreprises de racket. Un phénomène qui vient s'ajouter à des difficultés socio-économiques à l'intérieur de la minorité arabe, un taux de chômage élevé chez les plus jeunes, qui deviennent un vivier où recrutent les organisations mafieuses, et une insécurité qui touche toute la population arabe israélienne, soit 21% de la population totale. C'est donc à la fois un problème de criminalité et de crise sociétale.

L'évolution dépendra en grande partie du gouvernement. Il faut évidemment une politique sécuritaire. Le ministre de la Sécurité Nationale Itamar Ben Gvir avait fait de la lutte contre la violence dans le secteur arabe une de ses priorités. Mais sans résultat jusqu'à présent. Beaucoup de déclarations mais peu de mesures concrètes. Le ministre avait commencé par annuler le programme mis en place par le précédent gouvernement. Il voulait notamment étendre la pratique des détentions administratives, appliquées pour les terroristes, aux chefs de la criminalité organisée et aussi faire entrer le Shin Beth dans le dispositif. Mais cela pose des problèmes juridiques. Et surtout, c'est insuffisant. La police manque d'effectifs pour être présente dans toutes les localités arabes et ne résout à peine que 10% des enquêtes pour homicide. Le premier véritable plan de désenclavement du secteur arabe israélien avait été adopté par Benyamin Netanyahou en 2015, mais il n'a pas été suivi sur le long terme. Et cet été, le ministre des Finances Betsalel Smutrich avait exigé un dispositif de contrôle des fonds publics avant de débloquer le budget alloué aux collectivités locales arabes. En attendant, la population, confrontée à l'insécurité permanente se terre ou achète des armes au marché noir pour se défendre. Les responsables locaux constatent même un début d'organisation en milices. Les édiles sont eux aussi physiquement menacés, quand ils ne tombent pas sous les balles des clans mafieux, comme on l'a vu cet été. Il n'est même pas certain que les élections municipales du 31 octobre pourront se tenir normalement dans ces localités. Et on ne parle même pas des villes à population mixte, juive et arabe.

Pascale Zonszain

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