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Israël. L'art difficile de la diplomatie de normalisation

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Israël. L'art difficile de la diplomatie de normalisation
La ministre libyenne des Affaires étrangères - Twitter

Une annonce intempestive du ministre israélien des Affaires étrangères, une ministre libyenne qui craint pour sa vie. La rencontre entre Eli Cohen et son homologue libyenne a tourné court. On en est maintenant à la guerre des versions entre la Libye et Israël, chacun accusant l'autre d'être responsable de la fuite. Toujours est-il que c'est l'annonce du ministre israélien des Affaires étrangères sur sa rencontre avec son homologue libyenne Najla Mangoush, la semaine dernière à Rome, qui a reçu le plus d'écho. Alors, il faut être clair : ce genre d'entrevue ne s'improvise pas. C'est le résultat de longs mois de travaux d'approche et de contacts discrets et ce qui s'est passé avec le gouvernement de Tripoli ne déroge pas à la règle. Mais visiblement, les dirigeants libyens n'étaient pas prêts à assumer, ou du moins ils ne s'attendaient pas à ce qu'Israël présente cette première rencontre au niveau ministériel comme une étape importante dans les négociations. Et puis il y a peut-être une autre piste à envisager. Si Eli Cohen a précipité les choses, c'est peut-être dû à un manque d'expérience et aussi parce qu'il doit céder son portefeuille dans quelques mois à son collègue Israël Katz, dans le cadre de l'échange de ministères entre élus du Likoud. Et Eli Cohen voudrait laisser sa signature dans le livre de la carrière, sur au moins un chapitre de la normalisation avec un Etat arabe.

Seulement, ce genre de négociations se passe lentement et discrètement. Très discrètement. On l'a vu avec les accords d'Abraham. Avant d'annoncer en 2020 la normalisation avec le Bahreïn, puis avec les Emirats arabes unis, et ensuite le Maroc et même partiellement avec le Soudan, il a fallu un très long travail. Il faut d'abord une volonté au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement, puis des contacts qui peuvent être pris par des diplomates, mais aussi par des acteurs économiques, parfois même religieux. Et puis cette diplomatie secrète passe aussi par le Mossad, dont c'est un des rôles au moins aussi importants que le renseignement. Le Premier ministre libyen Abdel Hamid el Dbeideh avait d'ailleurs rencontré le patron du Mossad David Barnea il y a quelques mois en Jordanie. Et il ne faut évidemment pas oublier l'implication des Etats-Unis, qui reste le grand ordonnateur de la diplomatie proche-orientale, au moins en ce qui concerne Israël. Tout cela prend donc énormément de temps avant de donner un résultat visible. Pour mémoire, les premiers contacts entre Israël et les Emirats arabes unis remontent à 1994. Et les deux pays n'ont signé l'établissement de leurs relations diplomatiques qu'en 2020.

Si la normalisation avec Tripoli n'est une cause perdue, elle est en tout cas compromise. Il faudra beaucoup de temps pour rétablir la confiance. Et c'est autant de temps gaspillé. Mais si Israël a intérêt à élargir ses relations à un autre Etat d'Afrique de la taille et du positionnement stratégique de la Libye, la Libye aussi a intérêt à une normalisation avec Israël, ne serait-ce que pour bénéficier de ses capacités de renseignement, de ses atouts technologiques et également pour se rapprocher des Etats-Unis. Ce qui reste de toute façon un processus hasardeux car la Libye est toujours un Etat défaillant déchiré entre deux gouvernements rivaux. Sans oublier les effets collatéraux de ce raté sur les tractations en cours avec d'autres pays, à commencer par l'Arabie Saoudite.

Pascale Zonszain

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