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La Chronique politique de Pessah de Guy Konopnicki

Culture.

La Chronique politique de Pessah de Guy Konopnicki
Guy Konopnicki Crédit : Nellu Cohn/RadioJ
La semaine de Pessah fut partout et à toutes les époques celle des pogroms. Le moment où l’on soupçonne les juifs de saigner des enfants chrétiens pour préparer la matza, quand, ailleurs, on ne leur pardonne pas d’espérer, de génération en génération, le retour à Jérusalem. Tout est donc normal, en cette semaine de Pâques, il y a eu une petite émeute sur le Mont du temple, quand la police israélienne a osé saisir préventivement les projectiles entreposés dans la mosquée. Où est la liberté, si l’on ne peut plus caillasser les juifs qui viennent prier au mur du temple… Tout est normal, des roquettes tirées du Liban et de Gaza se sont abattues sur Israël, un tueur à la voiture bélier a foncé sur des touristes italiens qui se promenaient le long de la mer à Tel-Aviv, faisant un mort et cinq blessés, deux jeunes juives de 16 et 20 ans ont été assassinées dans la vallée du Jourdain… C’est Pessah. Bien sûr, Israël est coupable de troubler la paix en saisissant des projectiles dans une mosquée, et en bombardant d’innocentes rampes de lancement de missiles à Gaza et au Liban.   À Paris, tandis que les syndicats manifestaient pacifiquement contre la réforme des retraites, les habituels casseurs ont attaqué une agence bancaire, traçant en lettres noires le nom d’Israël sur la façade. Tout est décidément normal, une banque, c’est forcément Israël, surtout quand il s’agit du Crédit Agricole… Les juifs, l’argent… Toute banque est donc juive. Et puis, la réforme des retraites, est forcément inspirée par Israël… Au passage, les mêmes voyous ont tenté d’incendier la Rotonde coupable, nous répètent les médias, d’avoir accueilli Emmanuel Macron au soir du premier tour de la présidentielle 2017… Un crime ! L’inculture crasse interdit de se souvenir de ce que la Rotonde représente dans notre histoire, un café d’artistes et de poètes, haut lieu du Surréalisme, rendez-vous des peintres et sculpteurs de l’école de Paris, et de tous ceux qui s’installèrent à Montparnasse, de Modigliani à César, en passant par Zadkine et Giacometti. Au passage, La Rotonde était aussi le café que fréquentait Léon Trotski, lors de ses séjours à Paris… Mais tout est normal, la manifestation passait par le boulevard Montparnasse, il fallait donc mettre le feu à la Rotonde, sans plus de considération pour les personnels de la salle et des cuisines, qui savent, eux, ce qu’est un travail pénible.   On attaque donc la banque, en l’associant à Israël, et La Rotonde, haut lieu de la vie culturelle et artistique. Les casseurs d’extrême-gauche partagent les haines des fascistes.   La violence n’est plus un recours ultime, mais un moyen d’expression, justifié par une partie de la gauche, qui en attribue la responsabilité à la police.   À l’Université de Bordeaux, où logiquement, les étudiants devraient s’imprégner de l’esprit de Montaigne, qui prônait la modération, la tolérance et la médiation philosophique en des temps troublés par les guerres de religions, à l’Université de Bordeaux, des étudiants grévistes reçoivent Jean-Marc Rouillan en lui donnant le titre d’invité d’honneur… L’honneur d’un assassin, qui a purgé dix-huit ans de peine de sûreté pour les assassinats de l’ingénieur général René Audran et du président de la régie Renault Georges Besse. Deux crimes particulièrement lâches, des civils, serviteurs de l’État froidement abattus près de leur domicile. Mais Rouillan, qui n’a pas changé en prison, où s’est lié d’amitié avec le terroriste Georges Ibrahim Abdallah, a eu une vision très particulière du courage. Il a salué celui des tueurs du 13 novembre, qui ont osé mitrailler des gens attablés aux terrasses des cafés et massacrer les spectateurs du Bataclan… Rouillan, qui, bien sûr, dans tous les communiqués vengeurs d’Action Directe, n’oubliait jamais de dénoncer le sionisme…   Rouillan, invité d’honneur de l’Université de Bordeaux, à l’initiative du groupe Révolution Permanente, la Rotonde incendiée, une banque attaquée…   Nous vivons une semaine de Pâques normale, en France comme Israël : l’esprit des pogroms est respecté. Guy Konopnicki  

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