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Le nouveau Proche-Orient à Sde Boker

Israël.

Le nouveau Proche-Orient à Sde Boker
(Crédit : Assi Efrati/GPO, Boaz Oppenheim/GPO)

C'est une évidence, mais il est bon de le rappeler. En 2015, lors de la signature de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien, les accords d'Abraham n'existaient pas. Que se serait-il passé à l'époque, si Israël, les Emirats arabes unis, le Bahreïn et d'autres régimes sunnites avaient pu faire front commun face à l'administration Obama ? On peut bien sûr bâtir tous les scénarios que l'on veut en politique fiction. Mais ce qui se passe depuis hier soir au cœur du Néguev aurait paru hautement fantaisiste il n'y a pas si longtemps.

Réunir en Israël, les ministres des Affaires étrangères des Emirats, du Bahreïn, du Maroc, d'Egypte, des Etats-Unis et d'Israël, c'est déjà en soi une victoire. Et l'ordre du jour de ce sommet est une preuve que la normalisation est désormais actée. On n'est pas là pour parler de la paix, qui est déjà une affaire entendue. Ce qu'il faut, c'est trouver des solutions à des enjeux régionaux concrets. Un nouveau Moyen-Orient est en marche. Celui qu'avait rêvé Shimon Peres un quart de siècle plus tôt, mais qui s'était fracassé sur le conflit israélo-palestinien. Pourtant, c'est encore un conflit qui est à l'ordre du jour, sauf que celui-là concerne tous les acteurs présents, et c'est bien évidemment celui qui se joue avec l'Iran. Et même plus largement, c'est le nouvel ordre mondial qui se dessine, qui motive la démocratie israélienne et les régimes sunnites pragmatiques à rechercher ensemble leur positionnement, alors que la guerre menée en Ukraine par la Russie est en train de rebattre toutes les cartes. Tous les alliés de l'Amérique guettent avec anxiété ses déclarations et ses actes, pour savoir si elle restera à la hauteur des espoirs qu'ils placent en elle. Et ce qui est vrai pour l'Europe, est vrai pour le Moyen Orient.

Si la Jordanie manque à l'appel, c'est parce qu'elle est déjà prise à Ramallah par une visite du roi Abdallah à Mahmud Abbas. L'autre grande absente du sommet de Sde Boker, c'est l'Arabie Saoudite. Mais comme la semaine dernière, lors du sommet de Sharm el Sheikh, qui réunissait le président égyptien, le Premier ministre israélien et le prince héritier émirati, les Saoudiens se tiendront probablement là encore, informés en temps réel du déroulement des discussions. Ce n'est pas un hasard si Naftali Bennett a condamné publiquement l'attaque des milices Houthies du Yémen, qui a visé vendredi l'Arabie Saoudite. Jérusalem et Riyad n'ont pas de relations diplomatiques, mais les relations en coulisses existent depuis des années, en particulier dans le domaine sécuritaire. Et le Bahreïn et les Emirats n'avancent pas sans l'aval de leur allié saoudien. Et l'Arabie Saoudite, tout comme les Emirats, trouvent que les Etats-Unis pourraient les soutenir plus franchement dans leur conflit au Yémen contre l'Iran.

Les enjeux stratégiques de ce sommet sont donc importants. Qu'il s'agisse de la décision des Etats-Unis de retirer les Gardiens de la Révolution iraniens de leur liste noire d'organisations terroristes, des autres conditions du renouvellement de l'accord sur le nucléaire iranien, mais aussi plus largement du rôle qu'ils sont disposés à jouer auprès de leurs alliés, tant sur le plan militaire, que sur le plan économique avec la crise énergétique et alimentaire qui se profile avec la guerre en Ukraine, Israël et ses alliés régionaux attendent les réponses de Washington. On verra à l'épreuve des faits, si cette nouvelle alliance autour d'Israël est effectivement capable d'influer sur les décisions des Etats-Unis.

Pascale Zonszain

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