La Radio Juive

Retour sur le double attentat à Jérusalem, la chronique de Muriel Ouaknine-Melki

(Crédit : Radio J)

Alors que le corps d’Arieh était encore chaud, des scènes de liesse et des distributions de bonbons avaient lieu un peu partout dans Gaza. Nous nous ne connaissons que trop leurs  scènes de liesses, et nous ne savons que trop que les barbares célèbrent la mort comme nous nous aimons la vie. Les mêmes terroristes qui ont frappé hier, endeuillé la France , une fois à Toulouse , une fois à Jérusalem, une fois chez Charlie, une fois à Tel Aviv, une fois à l’Hyper cacher, une fois à fois au Bataclan, une fois à Sderot, une fois à Nice, une autre fois à Jérusalem. Aucune différence, nous, nous le savons, ce sont les mêmes qui frappent, partout dans le monde avec la même sauvagerie, la même barbarie, la même haine de l’autre pour une même promesse de paradis qu’ils sont si pressés de rejoindre.

Mais moi, je ne veux pas m’habituer, je ne veux plus  lire d’autres noms sans prendre le temps de m’arrêter pour imaginer Arieh ta courte vie, je ne veux pas m’habituer, je ne veux pas lire d’autres noms sans prendre le temps de m’arrêter Arieh pour penser à ta mère qui t’ a porté, à ton  père qui t’a bercé, je ne veux pas m’habituer, je ne veux pas lire d’autres noms sans prendre le temps de m’arrêter Arieh pour imaginer tes grands parents, tes oncles tes tantes, tes cousins tous ceux qui t’ont aidé et qui t’ont vu grandir, je ne veux pas m’habituer, je ne veux pas lire d’autres noms sans prendre le temps de m’arrêter Arieh pour t’imaginer le jour de tes 13 ans, et la fierté de tes parents, je ne veux pas m’habituer, je ne veux pas lire d’autres noms sans prendre le temps de m’arrêter Arieh pour imaginer  tes, amis, ton premier amour, ta classe, tes prof tes camarades, les leçons apprises, les contrôles réussis, et les premiers cours séchés, je ne veux pas m’habituer, je ne veux pas lire d’autres noms sans prendre le temps de m’arrêter Arieh pour imaginer  tes joies tes peines, je ne veux pas m’habituer, je ne veux pas lire d’autres noms sans prendre le temps de m’arrêter Arieh pour penser à tous ceux qui  t’ont quitté le matin en pensant te retrouver le soir, à ta chambre et tes affaires que tu as laissé un peu partout dans cette maison où la vie ne sera plus jamais la même, je ne veux pas m’habituer, je ne veux pas lire d’autres noms sans prendre le temps de m’arrêter Arieh pour penser à ceux  qui plieront sous le poids de la douleur, à leurs nuits qui n’en finiront plus.

Aux questions incessantes qui les abimeront  chaque jour  un peu plus, et si et si et si et si et si, je ne veux pas m’habituer à lire d’autres noms, sans prendre le temps d’imaginer ce qu’aurait pu être ta vie, Arieh , ton avenir, tes chances et tous les succès que tu aurais remportés, je ne veux pas m’habituer, je ne veux pas lire d’autres noms sans prendre le temps de m’arrêter Arieh pour imaginer les projets que tu aurais accompli,  les découvertes que tu aurais faites ,la femme qui t’aurait aimé, je ne veux pas m’habituer à lire d’autres noms, sans prendre le temps d’imaginer, Ariéh, pas un nom de plus non Arieh, je ne veux pas m’habituer.

Muriel Ouaknine-Melki

LE 24-11-22 - 11:07