La Radio Juive

Non non la vieillesse n’est pas toujours un long naufrage, la chronique du docteur Serge Rafal

Le général De Gaulle disait que la vieillesse était un long naufrage, je souhaite vous apporter quelques éléments troublants que j’ai trouvé dans une étude anglaise et qui vont moduler ce propos déjà ancien du Général. Et tenter de rassurer nos auditeurs âgés et peut-être ma fille.

On sait ou on pense que les capacités cognitives diminuent avec l’âge. C’est vrai pour beaucoup d’entre elles mais pas toutes. Ce sont les constations publiées par un neurologue portugais de renom, le Pr Antonio Damasio. Il explique que certaines fonctions cognitives comme l’alerte, l’orientation, la sélection, qui font partie de l’attention, s’améliorent, elles, avec le temps. L’alerte nous indique à quel moment il convient d’être vigilant. Le système d’orientation permet de choisir ce à quoi il faut être attentif parmi la multitude d’informations que nous recevons et qui peuvent nous désorienter. On sait que les autistes, qui ont cette acuité sensorielle, sont souvent incapables de se diriger dans une gare ou un aéroport, perturbés par le trop-plein d’informations. La sélection enfin trie et surtout inhibe les infos superflues. Et justement, chez les seniors, entre 70 et 80 ans, les systèmes d’orientation et de sélection sont plus efficients que chez les 50-60 ans, grâce précisément à l’expérience accumulée.

Cela intervient sur les capacités cognitives. Le raisonnement, la prise de décision (qui peut être altérée par un trouble de l’humeur (dépression), l’orientation dans l’espace et même la mémoire à long terme sont conservées voire améliorées. Elles déclinent malheureusement à partir de 80 ans, j’ai donc encore un peu de temps devant moi.

En effet, avec l’âge, nous sommes généralement plus sages, moins distraits (d’après les chercheurs, ce n’est pas moi qui le dis) et par conséquent plus à même de prendre une décision disons éclairée. Mais c’est vrai que la diminution des fonctions motrices vient parfois contrecarrer ou moduler ces capacités. Je me souviens d’une Itw de Marcello Mastroianni qui expliquait qu’il attendait toujours longuement avant de traverser, pas par sagesse comme on aurait pu l’imaginer, mais parce qu’il se demandait s’il avait le temps matériel de s’engager avant que le feu tricolore ne repasse au vert pour les voitures…

Oui, ces constatations peuvent changer radicalement notre approche du « temps qui reste », magnifique chanson de Dabadie, sublime interprétation de Reggiani, et peut-être nous aider dans la prévention des maladies neuro-dégénératives dont l’Alzheimer. On se dit qu’en stimulant certaines de ces capacités, il sera probablement possible de ralentir l’inévitable, jusque-là, déclin cognitif.

Albert Cohen écrit « La vieillesse est un décès par petits morceaux ». Par tous petits morceaux et peut-être plus lentement qu’on l’imagine. Bonne nouvelle.

Docteur Serge Rafal

LE 22-11-22 - 08:30