La Radio Juive

L’hypersensibilité, une maladie ? La chronique du docteur Serge Rafal

L’hypersensibilité est en psychologie, une sensibilité provisoire ou durable, plus élevée que la moyenne, avec un retentissement et des difficultés pour la personne concernée et parfois l’entourage. Ca n’est pas une maladie répertoriée dans le DSM, la classification, la Bible des psychiatres américains, ni un trouble, ni une pathologie. C’est juste un trait de personnalité, un tempérament qu’on peut qualifier d’excessif. 

C’est la raison pour laquelle je vous en parle car cette hypersensibilité concernerait 20 à 30% de la population, touchant d’ailleurs autant les dames que les messieurs. 

L’hypersensibilité c’est péjoratif pour plusieurs raisons. Il n’est pas de bon ton chez nous d’être submergé par son émotion, c’est plutôt considéré comme un défaut, surtout pour le sexe dit fort, a fortiori lorsque cela se produit en public. Le terme même de « hyper-sensible » induit d’ailleurs ce sentiment d’excès. Certains préfèrent d’ailleurs parler d’états de « sensibilité élevée » voire « d’ultra-sensibilité ».

L’hypersensibilité porte une grande attention aux détails en décortiquant toutes les infos (cognitives, émotionnelles, sensorielles) et en se focalisant dessus. Il est sensible à tout (bruits, émotions, images, odeurs, sons…) ce qui peut devenir insupportable et avoir pour conséquences des troubles du comportement (irritabilité, stress intense, repli sur soi, parfois malheureusement addiction).

Principalement les troubles psychiatriques dont elle ne fait pas partie : ces derniers sont récents et portent principalement voire exclusivement sur les émotions négatives alors que les symptômes de l’hypersensibilité sont anciens, remontent parfois à l’enfance et portent sur toutes les émotions, qu’elles soient positives ou négatives.

Il n’y a pas d’examens à faire puisque ça n’est pas une maladie. Des questionnaires peuvent être utiles pour préciser les éléments déclenchants. Mais on ne traite bien sûr que les situations à problèmes grâce à un travail de psychothérapeute faisant volontiers appel aux thérapies comportementales.

Comme souvent en médecine, une association de facteurs génétiques (près de la moitié des cas) et environnementaux (climat familial, éducation). En fonction du mode de vie et des personnalités, elle peut se manifester de façon intense ou rester relativement discrète.

On l’appelle syndrome d’électro-sensibilité. Il touche les dames dans 2/3 des cas. Les symptômes divers non-spécifiques sont attribués par les individus eux-mêmes aux champs ou aux ondes, sans preuves cliniques, ni biologiques. L’effet nocebo, la crainte inspirée par les éventuels effets des ondes sur la santé, semble jouer un rôle majeur. Ca ressemble pour certains spécialistes à une phobie et ça entraîne une réelle souffrance.

« La sensibilité de chacun, c’est son génie » écrit Charles Baudelaire. Alors que dire de l’hypersensibilité ? Un supergénie ?!  Certes non mais l’hypersensibilité ne doit pas être considérée seulement comme un handicap, elle a également ses avantages et peut-être même un atout, un protest à l’indifférence.

Docteur Serge Rafal

LE 28-09-22 - 10:31