La Radio Juive

Si vous suivez le Parquet, c’est le terrorisme qui aura gagné (Me Olivia Ronen), la chronique de Michel Zerbib

(Crédit : Twitter)

Les avocats de Salah Abdeslam ont conclu deux semaines de plaidoiries en avançant que le seul membre encore en vie des commandos de Paris et Saint-Denis avait renoncé à se faire exploser et « qu’il n’est pas quelqu’un de violent  ». Des plaidoiries très attendues de deux jeunes avocats brillants Martin Vettes et Olivia Ronen issus de la Conférence du stage qui ont donc terminé le procès interminable. Me Olivia Ronen cite Brassens à sa manière « Vous vouliez mourir pour des idées ? D’accord, mais de mort lente. » La dernière à se présenter à la barre avant le verdict attendu mercredi, Olivia Ronen, a utilisé sa chanson pour dénoncer la peine requise par le PNAT à l’encontre de son client : la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté incompressible. « Une peine terrible, pour l’avocate qui parle vite et clair. Une mort blanche qui, contrairement à la peine capitale, se passe dans l’indifférence. » Ce sera son leitmotiv.

 C’est la sanction la plus lourde dans le droit français et les avocats s’en insurgent. Cette sanction, la plus lourde du Code pénal, n’a été prononcée qu’à quatre reprises depuis son instauration en 1994, contre des tueurs d’enfants. Le parquet national antiterroriste avait justifié cette peine demandée par « l’immense gravité des faits reprochés » à Salah Abdeslam, « pétri d’idéologie », et son incapacité à formuler des remords. « Il reste convaincu de n’avoir tué personne. Il l’a répété aux audiences. C’est dire le chemin qui lui reste à parcourir avant de trouver, peut-être un jour, le chemin du repentir », avait déclaré l’avocate générale Camille Hennetier.

La stratégie de la défense consiste surtout à réussir à éviter cette peine mais pas de blanchir Abdeslam. Olivia Ronen s’attendait à une lourde sanction contre son client, lui qui a apporté son aide au groupe État islamique, qui a accepté de faire partie des commandos du 13-Novembre et qui a déposé les trois terroristes du Stade de France avant de s’enfuir. Mais pas à cette peine. « La perpétuité incompressible, c’est comme si ces neuf mois n’avaient pas eu lieu. » Comme si l’attitude de Salah Abdeslam n’avait pas changé du tout.

On peut dire que le seul survivant des commandos au cours de l’audience est passé de « combattant de l’État islamique » à l’ouverture du procès à celle d’un petit frère sous influence intégrant les commandos au dernier moment. « un numéro d’équilibriste » pour le Parquet , visant « à minimiser les faits ». Mais pour ses avocats, entre ce premier jour d’audience et ses derniers mots, en larmes, a demandé pardon aux victimes , Salah Abdeslam a peu à peu montré « son vrai visage ». L’avocat l’affirme : son client n’est pas quelqu’un de violent. Dans le dossier, d’ailleurs, rien ne le suggère. Au contraire, affirme Me Vettes, Salah Abdeslam est présenté par ses proches comme un garçon gentil. Admettons …

À entendre son avocat, ils sont plutôt à mettre sur le compte du « choc social » qu’a constitué pour Salah Abdeslam son arrivée dans une salle « bondée et forcément hostile » après plus de cinq ans placé à l’isolement.
Surtout, rappelle l’avocat, alors qu’on pouvait s’attendre à ce qu’il se taise comme il l’avait fait pendant les années d’instruction, Salah Abdeslam a parlé. Mais il est loin d’avoir tout dit.

Pour la défense, il n’était en aucun cas un jihadiste aguerri, mais seulement un « intérimaire de l’État islamique ». Et ce n’est que la veille des attaques qu’il a intégré les commandos terroristes, selon eux. La preuve selon les robes noires ,contrairement à tous les autres, il n’a pas de kunya (nom de guerre) lorsqu’ils prêtent allégeance, pas de vidéo de revendication, pas de séjour en Syrie, pas d’entraînement. Et ils insistent.

Ce soir-là, après avoir déposé les terroristes au Stade de France, Salah Abdeslam avait abandonné sa voiture dans le 18e arrondissement de Paris, son gilet explosif à Montrouge, et s’était fait ramener à Bruxelles. Lors de son dernier interrogatoire, il avait expliqué qu’après avoir conduit les trois terroristes au Stade de France, il était entré dans un café du 18e arrondissement pour se faire exploser et y avait renoncé « par humanité ». «Par humanité ».

 La défense met l’accent sur son renoncement de dernière minute qui n’est pas rien selon elle. « L’accusation vous demande de faire l’économie de savoir s’il a spontanément renoncé ou non. Elle vous dit que ça n’a finalement pas d’importance. Mais il faut le prendre en compte », clame Me Ronen à la cour d’assises spéciale . Me Ronen résume : Salah Abdeslam aurait pu se servir d’un briquet pour déclencher l’explosion, il ne l’a pas fait. À moins de vouloir le condamner pour tous les autres membres des commandos, rien ne peut donc justifier qu’il soit visé par la même peine qu’Oussama Atar, le « cerveau » des attentats du 13-Novembre. La jeune avocate au bras tatoué en lettres hebreues rappelle ses conditions de détention « sur mesure » : l’isolement complet, le plexiglas à la fenêtre qui empêche l’air libre de passer, les deux caméras installées dans sa cellule qui le surveillent 24/24 …

« On se console en disant que c’est mieux que les geôles de Daech. On est tombé si bas que notre seul motif de satisfaction, c’est de faire mieux que Daech ». « Si vous suivez le parquet, conclut l’avocate, c’est le terrorisme qui a gagné et nous n’aurons plus qu’à comprendre que tout ceci n’était qu’une farce. » Belles et puissantes plaidoiries de ces deux jeunes avocats. Place à présent aux dernières paroles des accusés…

Michel Zerbib

LE 27-06-22 - 10:21