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L’alcool chez les jeunes : attention grand danger, la chronique du docteur Serge Rafal

L’alcool constitue la 2ème cause de mortalité évitable derrière le tabac. Même consommé en faibles quantités et régulièrement, ce risque augmente dès les 1ères gorgées, responsable de nombreuses maladies et en 1er lieu du cancer : 41 000 décès lui sont imputables chez nous chaque année. Les résultats d’une enquête diligentée par Santé-Publique France viennent d’être publiés et sont inquiétants, sans être étonnants : près d’1/4 des Français, âgés de 18 à 75 ans, sont en effet des consommateurs à risques. Et les plus jeunes (18-24 ans) consomment plus de 2 verres par jour… fort heureusement pas tous les jours. Leurs 1ères expériences démarrent dès l’entrée au collège et les quantités progressent ensuite durant leur scolarité. Dans les années 2000, plus d’un élève sur 2 déclarait avoir bu au moins une fois dans sa vie et un élève de terminale sur 5 avouait picoler au moins 10 fois par mois. Depuis, les chiffres sont en diminution mais 8,5% des jeunes restent des consommateurs réguliers et le double (16,5%) reconnaît un bindge-drinking (biture-express) ponctuel.

La tranche des 18-30 ans, très diverse au plan sociologique, est la plus à risque d’alcoolisation excessive. Les hommes sont plus concernés que les femmes qui arrivent à modérer plus tôt et durablement leurs comportements. Parmi les 18-24 ans, les actifs sont plus à risques que les étudiants ou les chômeurs, ratio qui s’inverse ensuite. Les hommes boivent 2 fois plus que les dames, 33% contre 15%. Et contrairement aux idées reçues, les personnes les plus diplômées, les plus informées, aux revenus les plus élevés, sont les plus à risques, contrairement au tabagisme. Elles en sont parfaitement conscientes mais pensent ou espèrent y échapper.

L’alcool est classé depuis 1988 par le centre International de Recherche sur le Cancer comme cancérigène présentant un risque avéré pour la bouche, le côlon, le foie, le larynx, l’œsophage, le pharynx, le sein. En France, 8% des nouveaux cas lui sont imputables. Rappelons ici que 20% de ces cancers se dppent chez des hommes qui consomment moins de 40 g d’alcool par jour ou des femmes qui absorbent moins de 20g. Notons qu’outre le cancer, l’alcool est également responsable de problèmes cardio-vasculaires (HTA, AVC, troubles du rythme cardiaque) dès la prise de 10g par jour.

10g d’alcool cela représente un ballon de 10 cl de rouge, un demi de bière de 5° de 25 cl, une coupe de champagne, un apéro de 7 cl, un pastis de 2,5 cl, un whisky de 2,5 cl, contiennent la même quantité d’alcool, seules les contenances diffèrent.

L’alcool est responsable de 30% de la mortalité routière. Le risque est en effet multiplié par 18 chez les conducteurs alcoolisés, il est réel à partir de 0,5 g d’alcoolémie (0,2 pour les jeunes conducteurs). C’est un délit à partir de 0,80 g/litre. Chaque verre correspond à une augmentation de 0,2-0,25g/litre. Dès 2 verres ingérés, vous êtes à la limite tolérée.

Les recommandations santé actuelles :la mo-dé-ra-tion. – Pas plus de 10 verres soit 100g d’alcool par semaine, – Pas plus de 2 verres par jour (soit 20g), – Pas d’incitation à boire pour ceux qui n’en éprouvent pas le besoin, – Intercaler des journées sans alcool aux journées avec. Mais notons que si la ½ de la population consomme 3% du volume total, 10% des plus gros buveurs en ingèrent eux près de 60% !

On peut lutter contre cette alcoolisation des plus jeunes par la multiplication des interventions pédagogiques, l’augmentation du prix, la diminution de la tolérance par la prévention routière. Malheureusement se dressent plusieurs obstacles dont 2 sont majeurs : – L’un culturel : l’alcool est convivial et festif. On envisage mal une 3ème mi-temps de rugby à la Tourtel, au soda ou à la Badoit même si tous les rugbymen ne sont pas alcooliques, – L’autre socio-économique avec un lobbying très actif. D’ailleurs Ilana, vous avez certainement entendu parler du mois sans tabac, connaissez-vous le Dry-january ? J’imagine que non.  

Vous vous souvenez certainement de la merveilleuse mais dangereuse formule d’Antoine Blondin, l’auteur du roman « Un singe en hiver » : « Le vin d’ici vaut mieux que l’eau delà ». La prévention est plus que nécessaire pour tenter de contrôler, à défaut de les supprimer, les 2 principaux serial-killers que sont le tabac et l’alcool, responsables de plus de 100 000 morts par an… soit les deux tiers des 2 ans et demi de Covid.

Docteur Serge Rafal