La Radio Juive

Comment La Défense essaye de sauver la peau de Haddad Asufi ! La chronique de Michel Zerbib

(Crédit : Twitter)

Ali El Haddad Asufi, Belgo-Marocain de 36 ans, proche d’Ibrahim El Bakraoui, logisticien des cellules terroristes de Paris et Bruxelles, est soupçonné d’avoir essayé de se procurer des armes aux Pays-Bas avec lui. Jugé pour “association de malfaiteurs terroriste criminelle”, il risque vingt ans de prison. Ce sont ses deux avocats qui ont plaidé vendredi. Le Parquet antiterroriste a requis seize ans à son encontre, assortie d’une période de sûreté des deux tiers. C’est la plus importante peine requise à l’encontre d’un « second couteau ». Il a été présenté par le Parquet national antiterroriste comme “l’homme de confiance” d’Ibrahim El Bakraoui. Et c’est cela qui rend difficile sa défense !

« Il n’y aura pas ici de bon mot ou d’effet de manche, je vais m’attacher au fond du dossier, déclare l’avocat qui commence son exposé sur la piste des armes venues de Rotterdam, piste « abandonnée » par les premiers enquêteurs belges selon l’avocat, jugeant qu’El Haddad Asufi, n’était « qu’un trafiquant de drogue de manière ponctuelle ».

L’avocat cite une conversation Whatsapp retrouvée dans le téléphone de son client et que le Parquet attribue à un échange au sujet des armes. « Je l’ai relue mille fois, mille fois », dit l’avocat qui juge que rien ne la relie à des armes. « Tu as besoin d’un kilo quand ? » cite-t-il comme extrait de cette conversation. « Un kilos de frites peut-être mais je ne savais pas que les armes se vendaient au kilo », persifle l’avocat. « Il n’y a rien dans ce dossier, il y a un faisceau d’indices graves et concordants », assène l’avocat, reprenant les termes du PNAT et regrettant qu’on n’ait « pas creusé certaines pistes ». « Pourquoi on s’est fourvoyé à Rotterdam avec un dossier vide alors qu’il y avait du boulot à Bruxelles ? » demande l’avocat.

Monsieur El Haddad « a la trouille » conclut son avocat en racontant que sa femme durant les « 20 minables minutes qu’il l’a au téléphone a pleuré toutes les larmes de son corps après avoir entendu les réquisitions » (qui réclament 16 ans de prison à son encontre). Il termine sa plaidoirie en demandant à la cour « d’écrire en lettres d’or une page de l’histoire judiciaire française en acquittant monsieur El Haddad qui est innocent. »

Me Ménya Arab-Tigrine entame avec ferveur sa plaidoirie , parle de la salle d’audience comme d’une « boîte à cauchemars ». « Lequel d’entre nous ne s’est pas dit le soir : mais c’est quoi le problème ? C’est l’islam ? C’est les mosquées, les imams ? Qu’est-ce qui nous est arrivé ? », demande l’avocate qui juge que ce procès « c’est le procès de tous les Français. »
Un peu indécent devant un parterre de survivants…

Elle poursuit :C’est quoi la radicalisation ? C’est qui la radicalisation ? C’est où et c’est quand ? Une notion imprécise, quel échec pour l’Etat de droit. Comment condamner un homme qui en ignore même le crime qu’il est censé avoir commis ? » demande l’avocate qui répète : « Quel comble » qu’Ibrahim El Bakraoui ait « trahi » son ami à ce point, allant jusqu’à « intenter à sa vie » (Ali El Haddad Asufi travaillait à l’aéroport de Zaventem, cible des attentats de Bruxelles par les frères al Bakraoui . « Ali El Haddad est un accusé de substitution !  C’est Ibrahim El Bakraoui qui devrait se trouver dans ce box. »

L’avocate s’attaque pour finir à la qualification reprochée à son client pour la déconstruire. « Association de malfaiteurs terroriste », qualification « fourre-tout », dit-elle. « Il faut nécessairement qu’on ait un élément intentionnel et qu’il soit clair », relève-t-elle. Le « il aurait dû savoir » ne peut pas suffire !

Son intégrisme elle trouve des excuses ? « Il écoute des anasheeds (chants islamistes psalmodiés et menaçants), coupable, c’est pas possible on peut pas faire ça, pas en France, lance l’avocate. On part pas du principe qu’un homme en soutane avec une croix est un pédophile parce qu’il y a des faits de pédophilie avérés dans l’église. »

Me Arab-Tigrine très personnelle conclut sur la question épineuse de l’ interprétation des textes sacrées et comment selon elle la « minorité nuit à la majorité » et que « des milliers peut-être des milliards dans le monde condamnent les attentats parce que ce n’est pas leur islam. Alors entendre qu’une barbe aurait pu mener à ça, ça me fait mal, parce que vous savez les dégâts que cela peut causer », affirme l’avocate. Elle plaide en racontant aussi sa vie.

« N’avoir pas compris ce qui se passait dans le cerveau malade d’Ibrahim El Bakraoui, ça ne peut pas valoir ça ! » affirme encore l’avocate en rappelant les réquisitions à l’égard de son client : 16 ans de prison, les deux tiers de période de sûreté, l’interdiction de paraître sur le territoire français.

« Répondez à tous les Français, de l’Elysée jusqu’au fin fond de la Seine-Saint-Denis, avec la grandeur des hommes libres : est-ce qu’ici nous sacrifions des Ali El Haddad ? » demande l’avocate pour conclure. C’est ce matin l’avocat de Krayem, l’homme qui n’a pas parlé et qui aurait pu innocenter Haddad Asufi

Michel Zerbib

LE 20-06-22 - 09:54