La Radio Juive

Les avocates de Farid Kharkhach réclament sa libération ! La chronique de Michel Zerbib

(Crédit : Twitter)

 Au procès des attentats du 13-Novembre, les avocates de Farid Kharkhach ont réclamé l’acquittement pour la charge d’association de malfaiteurs terroristes qui pèse sur le Belgo-Marocain, accusé d’avoir servi d’intermédiaire dans la fourniture de fausses pièces d’identité à la cellule terroriste. Une audience consacrée entièrement à cet homme qui crie son innocence depuis le début de ce procès fleuve. En dépit de déclarations à l’instruction qui l’ont mises dans l’embarras ? On va revenir sur ses déclarations qu’il a regrettées. Les avocats généraux l’avaient d’ailleurs eux-mêmes qualifié dans leurs réquisitions de « pièce rapportée ». Le Belgo-Marocain de 39 ans est le seul à ne connaître aucun de ses coaccusés. Il n’est pas vraiment intégré dans le box. Il s’était présenté au début du procès comme un malchanceux chronique souffrant de troubles obsessionnels compulsifs . Une grande sensibilité dit son avocate. Un naïf ?

Le parquet national antiterroriste a surtout dénoncé, sa « lâcheté » et sa « cupidité » pour avoir servi d’intermédiaire dans la fourniture de quatre fausses cartes d’identité sur les quatorze utilisées par la cellule terroriste pour permettre aux commandos du 13-Novembre de traverser l’Europe depuis la Syrie, et de louer des planques. Mais pour ses avocates, Farid Kharkhach ne peut pas être réduit à ces deux seuls termes.

 Ses avocates, pour essayer de le défendre vont décrire longuement à la barre cet homme qui est un peu à part dans ce procès, pour cerner sa personnalité. « Il est indispensable de savoir qui on a en face de soi pour le juger », dit d’emblée Me Marie Lefrancq. Au moment des faits qui lui sont reprochés, Farid Kharkhach est d’abord un père. Un « papa-gâteau », un homme courageux, qui enchaîne les petits boulots parce qu’il ne veut pas dépendre des aides sociales, mais qui n’a pas de problèmes d’argent. Un homme qui aime profondément son pays d’accueil, la Belgique, envers lequel il éprouve une profonde reconnaissance pour avoir su soigner son fils, né grand prématuré.

Pourquoi a-t-il accepté d’être un intermédiaire important dans la fourniture des faux papiers à la filière terroriste pour 300 euros ? L’avocate avance alors trois hypothèses pouvant justifier un tel acte. Elle pose trois questions qu’elle va réfuter. Un lien indéfectible à la personne qu’on aide ? Farid Kharkhach connaissait à peine Khalid El Bakraoui, le coordinateur du 13-Novembre et futur kamikaze des attentats de Bruxelles, à qui il est accusé d’avoir fourni les faux documents. Être soi-même acquis à la cause ? Le Belgo-Marocain n’a qu’une pratique très superficielle de la religion. Le QER lui-même exclut toute radicalisation. Souffrir d’une pathologie psychiatrique ? Plusieurs rapports d’experts le disent responsable de ses actes. À écouter son avocate, Farid Kharkhach ne s’est lancé dans le business des faux papiers que pour subvenir aux besoins médicaux de sa sœur, malade, et s’est retrouvé lié à la cellule du 13-Novembre malgré lui.

L’autre avocate veut prouver qu’on lui fait porter un costume trop grand lui qui n’aurait, dit elle, été à l’origine « que » de trois cartes d’identité sur 14 mais en réalité qu’il ait fourni trois, quatre ou quatorze faux documents ne change pas grand-chose au fait qu’il soit poursuivi pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Il suffit pour cela que Farid Kharkhach, sans avoir de sympathie pour la cause, sans même avoir la moindre connaissance d’un projet terroriste, ait eu conscience de la radicalisation de Khalid El Bakraoui et donc du « contexte terroriste » pour qualifier les faits. C’est le droit pénal.

Le parquet est convaincu qu’il a « soupé avec le diable mais il avait le nez dans l’assiette ». L’accusation en veut pour preuve la déclaration faite à la juge d’instruction belge Isabelle Panou en 2017, la seule dans ce sens. « Je savais qu’il s’était radicalisé Je savais depuis toujours que Khalid El Bakraoui était à fond dans l’islam » selon Farid Kharkhach. Un aveu effectué sous la pression de la juge et de son avocate de l’époque, a-t-il affirmé par la suite, une avocate commise d’office.

Les déclarations accablantes de Kharkash sont expliquées par sa défense pour prétendre tout de même à un acquittement a défense estime que « ces aveux ne sont pas crédibles ». D’autres déclarations sont délirantes selon son avocate. Ainsi dans sa déclaration à la juge belge, Farid Kharkhach évoque le comportement très religieux de Khalid El Bakraoui en septembre 2015, à une période où lui-même est au Maroc. Il dit reconnaître Oussama Atar à ses côtés, à une période où le cerveau des attentats est en Syrie. Autrement dit il ment même sur des faits qui pourraient le dédouaner. « Pour s’en sortir, il est prêt à raconter n’importe quoi », explique Me Vial. Le peu de contacts entre les deux hommes ne fait pas de lui un proche, rappelle-t-elle. Et de souligner les contradictions de l’accusation qui cantonne son rôle à une « aide ponctuelle », mais considère tout de même qu’il y a eu « association ». Après plus de trois heures de plaidoirie, Maitre Vial demande à la cour l’acquittement de son client pour les faits d’association de malfaiteurs terroristes, mais sa condamnation pour complicité de faux ! « Il est en détention provisoire depuis cinq ans et demi, implore -t-elle quasiment la Cour. C’est trop. » Après trois heures de plaidoirie enthousiaste.

Michel Zerbib

LE 17-06-22 - 09:57