La Radio Juive

« Penser deux minutes à la possibilité de l’acquitter ! » (avocat de Mohamed Amri), la chronique de Michel Zerbib

(Crédit : Twitter)

Me Gwenaël Poirier, l’un des avocats d’Abdellah Chouaa est le premier à plaider. « Je vais vous parler d’un homme libre qui peut tout perdre. C’est le plus menacé par les réquisitions car c’est celui qui a fait le moins de détention. »

Abdellah Chouaa est le troisième des accusés à comparaître libre sous contrôle judiciaire. Ce Belgo-Marocain de 40 ans aurait lui aussi apporté un soutien logistique aux terroristes.  Poursuivi pour participation à une “association de malfaiteurs terroriste criminelle”, il encourt une peine de vingt ans de réclusion criminelle. Vendredi, le parquet antiterroriste a requis une peine de six ans de prison avec mandat de dépôt à son encontre.

Selon l’avocat, les réquisitions à l’encontre d’Abdellah Chouaa se fondent sur « des hypothèses et des théories », il appelle sans détour la cour à acquitter son client, car on ne rend pas justice « sur des hypothèses. »

L’avocat énumère ce qu’il nomme les « hypothèses » de l’accusation, à commencer par celles qui caractérisent les faits de participation à une association de malfaiteurs terroriste : le visionnage de vidéos djihadistes avec Mohamed Abrini. Abdellah Chouaa reconnaît avoir regardé « des images » du frère de Salah Abdeslam mais l’avocat conteste le visionnage seul et d’avoir regardé des vidéos sur l’état islamique.

« Abdellah ne ment pas ! Et je vais le prouver ! tonne l’avocat : « Abdellah ne ment pas, il est parfois idiot dans ses réponses parce qu’il est dépassé par l’enjeu. » 

« En condamnant Abdellah Chouaa vous ne direz pas qu’il a aidé un ami ponctuellement, vous direz qu’Abdellah Chouaa est un terroriste », lance l’avocat en martelant qu’il faut caractériser l’intentionnalité des faits pour condamner quelqu’un pour association de malfaiteurs terroristes. 

L’avocat évoque désormais le fait que Chouaa a conduit Abrini à l’aéroport le 23 juin 2015. Selon la robe noire il était impossible pour son client de savoir qu’Abrini partait en Syrie. Pour lui, il partait en Turquie, en vacances. Contre le réquisitoire du Parquet national antiterroriste à l’encontre de son client : « Je ne comprends pas, je ne comprends pas ! »

L’avocat continue d’ analyser les faits avec précision, et démontre que son client ne connaissait d’Abrini que son image de plaisantin. « On voudrait condamner un homme qui a dénoncé deux fois le terrorisme ! Qui aurait peut-être permis de remonter la cellule ! lance l’avocat, en criant. « Si vous le condamnez lui, le terrorisme aura encore gagné ! C’est inacceptable, c’est incompréhensible et moi-même j’en dors pas ! »

C’est Me Negar Haeri qui plaide la première . Mohammed Amri comme Hamza Attou est jugé pour « recel de terroriste » pour avoir ramené Salah Abdeslam de Paris à Bruxelles au lendemain des attaques mais il est également accusé de participation à une ”association de malfaiteurs terroriste” et est incarcéré depuis 2016. Il encourt vingt ans de prison. Vendredi, le Parquet antiterroriste a requis huit ans de prison à son encontre.

L’avocate s’attache à démontrer que son client n’avait pas conscience des projets de ses amis et ne peut être condamné selon les contours de l’association de malfaiteurs terroriste.

L’avocate fait un parallèle avec l’affaire Merah, dans laquelle un homme a été condamné pour la fourniture d’armes, mais selon elle, le parallèle ne peut pas être fait. Fournir des armes, c’est « sans équivoque ». Fournir une voiture « c’est un acte équivoque ».

 Me Xavier Nogueras, revient lui aussi sur la question de la connaissance qu’avait Mohammed Amri de la radicalité de Brahim Abdeslam. « Vous êtes des juges libres. Vous saurez dans l’intimité de vos délibérations dire oui ou non à la lumière de ce qu’a dit Negar Haeri. » (l’autre conseil de Amri)

Me Nogueras encore : « Je vais terminer en parlant d’amour. On a un avocat qui s’appelle Issa , Issa, c’est Jésus dans l’Islam. C’est quelqu’un qui est venu parler d’amour et qui peut-être a la solution. C’est de l’amour qu’il faut se donner. Pas des balles de kalachnikov. De l’amour, de l’humanité. C’est avec cet amour et cette humanité que je vous demande de réfléchir au sort de Mohammed Amri et de réfléchir, deux minutes, à la possibilité de l’acquitter. » L’avocat finit ainsi sa plaidoirie sur cette pirouette qui fait sourire la salle d’audience.

Michel Zerbib

LE 15-06-22 - 09:56