La Radio Juive

Parité dans Tsahal, un débat compliqué

(Crédit : unité du porte-parole de Tsahal)

En Israël on le sait, le service militaire est obligatoire pour les garçons comme pour les filles. Et les jeunes Israéliennes en uniforme de Tsahal font partie du paysage. Sauf qu’elles ne servent pas tout à fait dans les mêmes conditions que les hommes. Le service combattant reste majoritairement masculin, même si les choses ont beaucoup évolué depuis une vingtaine d’années, notamment grâce à l’initiative d’une jeune Israélienne. En 1994, Alice Miller avait saisi la Cour Suprême après avoir vu sa candidature à la formation de pilote rejetée par Tsahal. Ce qui est devenu depuis la jurisprudence Miller a établi que le refus d’intégrer un appelé au cours de pilote à cause de son sexe portait atteinte au principe d’égalité. Depuis, des femmes ont pu devenir pilotes, des unités combattantes ont été créées, comme le bataillon Caracal, l’un des trois bataillons d’infanterie mixtes de Tsahal, qui opère sur la frontière avec l’Egypte. Il y a eu des programmes d’intégration de femmes dans le corps des blindés, avec des équipages de tank féminins, mais affectés uniquement à  la défense des frontières. L’artillerie a aussi ouvert ses unités au service féminin, au point que le nombre de soldates pourrait bientôt y atteindre les 30%. Aujourd’hui 4.400 femmes servent dans les unités combattantes de Tsahal.

Mais la parité est encore loin d’être acquise. C’est pourquoi un groupe de jeunes Israéliennes a de nouveau saisi la Cour Suprême pour réclamer cette fois le droit d’accès aux unités d’élite de Tsahal. Dans sa réponse, l’armée a indiqué qu’elle allait autoriser l’entrée de femmes dans l’unité 669 de sauvetage de l’aviation, ce qui est évidemment une nouvelle avancée. Sauf que les critères physiologiques fixés pour les candidates sont quasiment éliminatoires, avant même qu’elles puissent passer les tests d’aptitude. Et il n’est pas certain que les juges acceptent les arguments des militaires. Et c’est là qu’on touche au cœur du problème.

Aux Etats-Unis par exemple, le principe de parité est appliqué pour tous les corps d’armée. Et il est vrai que plus les formations sont physiquement éprouvantes et plus la proportion de femmes qui intègrent les postes les plus durs est limitée. Environ la moitié abandonne en cours de route pour blessure. Or, Tsahal n’est pas une armée de métier mais une armée de conscription. Ce qui veut dire pour l’échelon militaire israélien, avoir en face de lui des parents et des familles qui tiennent à la sécurité de leurs enfants. Mais surtout, la société israélienne évolue, et à une tradition déjà patriarcale, s’ajoute la dimension religieuse. De plus en plus, les soldats et les officiers des unités combattantes viennent du courant sioniste religieux. Et pour certains, servir aux côtés de femmes, n’est pas envisageable. Déjà, de plus en plus de jeunes gens religieux préfèrent s’enrôler dans les blindés que dans l’artillerie, car ils savent que la mixité y reste encore très marginale. La question de la parité met donc Tsahal au centre du débat public, alors que l’armée tient à rester apolitique. Cela dit, ce sont justement les jeunes filles issues du milieu sioniste religieux qui sont de plus en plus nombreuses à vouloir effectuer un service combattant. Peut-être que ce sont elles, qui réussiront finalement à obliger les rabbins et l’état-major à trouver une solution.

Pascale Zonszain

LE 09-06-22 - 09:24