La Radio Juive

L’accusation entre en scène : « ils nous tuent pour ce que nous sommes », la chronique de Michel Zerbib

(Crédit : Twitter)

Bien que les deux autres avocats généraux ont été remarquables .Mais c’est ainsi une manière en tous cas de revenir sur la problématique du procès des crimes Djihadistes et de leurs acteurs. « Nous n’avons ni l’ambition ni les moyens de ne nous placer en sociologues, en géopoliticiens, et encore moins en théologiens », commence à dire Nicolas Braconnay. 

L’avocat général qui fait un sort à ses pauvres explications sociales , de la misère d’un LUMPENPROLETARIAT ! Vous ne jugez pas des pauvres ! Ce qui rassemble les accusés, avance Nicolas Braconnay, ce sont des « déterminants d’ordre sociologique ou psychologique ». Il insiste sur le terme « idéologie », celle des accusés, « sans prétendre que tous sont des fanatiques » 

L’avocat général commence à définir ce terme, citant notamment les  travaux de la philosophe Hannah Arendt. 

« Nous croyons que ce que démontre ce dossier, c’est la force de mobilisation de l’idéologie djihadiste », poursuit l’avocat général. Il va d’ailleurs être question de l’organisation de ces attentats depuis la zone irako-syrienne, dans la première partie de ce réquisitoire. 

Beaucoup de précisions et de rigueur dans l’exposé qui s’adresse évidemment à la Cour qui va juger . L’avocat général revient donc sur la « radicalisation », terme qui avait fait débat à l’audience, au mois de février. Certains avocats de la défense indiquant, en substance, que ce n’est pas parce qu’une personne adopte une pratique rigoriste de l’islam qu’elle va nécessairement commettre un attentat. 

Pour l’accusation, explique encore Nicolas Braconnay, le terme de « radicalisation » désigne « les différentes étapes » d’une pratique religieuse de plus en plus radicale qui conduit à la « légitimation de la violence et parfois au passage à l’acte ». « La certitude d’être du bon coté de l’histoire … ruse de l’idéologie de nous faire croire qu’elle n’existe pas ».

L’importance des théâtres de guerre et des filières de combattants a été longuement rappelée par Nicolas Braconnay. Il a évoqué  les différents théâtres de guerre et les filières liés à ceux-ci qui, au fil des ans, ont « favorisé la survenance d’attentats sur notre sol » : Afghanistan, Balkans, et désormais Syrie. Où « 1 800 Français sont partis dès 2012-2013 ». Il a beaucoup été question, lors ce de procès, des séjours ou des supposés séjours de certains des accusés en zone irako-syrienne. 

Nicolas Braconnay est revenu sur le « choix de la France comme une cible privilégiée par l’Etat islamique ». Il y a une « forme d’obsession française dans la politique extérieure, si l’on peut dire, de l’Etat islamique ».

Pourquoi cette « forme d’obsession » ? Il y a d’abord, dit l’avocat général, un aspect « pratique », entre guillemets : la France, la Belgique ou encore des pays d’Afrique du Nord constituant certains des « plus gros pourvoyeurs de combattants de l’Etat islamique » Autre explication, le fait que des Français se trouvent à des hauts niveaux dans la hiérarchie du groupe Etat islamique et ajoutons le rôle particulier des terroristes algériens  depuis les années 90.

Pour l’accusation, il est temps d’éteindre les arguments irrecevables selon lesquels il s’agit d’une riposte aux agissements de notre pays. Nicolas Braconnay balaye « l’argument », entre guillemets, avancé par les djihadistes et selon lequel la France aurait été ciblée car elle a participé à la coalition internationale contre le groupe Etat islamique. Ce qui est « sans doute le lieu commun le plus éculé de la propagande djihadiste ». 

L’avocat général évoque, aussi, « l’idéal universaliste et laïc que les djihadistes ont en horreur ». Conclusion, selon lui, « on peut dire, comme le président François Hollande l’a fait à cette barre, que nous avons été frappés pour ce que nous sommes. »

Michel Zerbib

LE 09-06-22 - 09:36