La Radio Juive

L’angoisse infinie des survivants, une vie possible ? La chronique judiciaire de Michel Zerbib

(Crédit : Twitter)

La première à s’avancer à la barre Me Laurence Tartour est avocate d’enfant. Elle est venue compléter la déposition de Naïma qui avait 16 ans lorsqu’elle s’est retrouvée dans la fosse du Bataclan. « Brillante et insouciante, Neïma était avec son amoureux au concert. Et d’un coup, on se retrouve dans une fosse à se faire tirer dessus, raconte l’avocate. Maël lui a tout de suite compris, il l’a couchée par terre et l’a protégée en disant : « Je ne veux pas que tu meures », l’a empêchée de crier et lui a caché les yeux.
Elle s’est ensuite retrouvée assise et a tenu la tête de Maël sur son ventre pour le protéger. Elle a vu l’otage sur la scène, les mains en l’air. Elle a entendu ensuite l’explosion du kamikaze, a reçu des morceaux sur elle. « Elle a vu ce cauchemar en intégralité. Elle a vu les gens mourir, les corps, beaucoup de sang ». « Comment reprendre le cours normal de sa vie quand à 16 ans, on fait corps avec la mort ? » s’est demandé Me Laurence Tartour. L’avocate explique que parfois Neïma « chute très profond, très bas » et termine toutefois avec une ode à l’espoir, louant le courage de Neïma, jeune femme « solaire » qui mène des études pour devenir architecte.

Si Me Emilie Chandler a rappelé que si le sujet principal de ce procès, c’est la mort, « neuf mois, c’est aussi le temps de construire une vie ». L’avocate parle ainsi de Florence qui « s’est reconstruite, elle va mieux ».

Mais même si l’audience lui a démontré que cela n’était pas le cas, elle « se demande toujours s’il n’y avait pas une personne en plus ce soir-là » au Bataclan (un terroriste supplémentaire).

L’avocate a évoqué plusieurs autres victimes dont Étienne, blessé dans la fosse du Bataclan, qui s’est décrit comme « une passoire » après cet attentat. Mais après, sa femme est rapidement tombée enceinte. « C’est aussi le procès de la vie pas que le procès de la mort. Étienne s’est reconstruit grâce à ces enfants ».

Me Jacques Fourvel intervient pour une femme qui était au Bataclan. Après l’explosion du kamikaze, elle a reçu des projectiles et s’est retrouvée dans « un enchevêtrement absolu ». À la fin, elle était si ankylosée qu’elle a peiné à se relever. « On l’a fait sortir les mains sur la tête, ce qui l’a choquée ».

Que ressentez-vous vis-à-vis des accusés lui a demandé son avocat, avec laquelle elle travaille par ailleurs : « De la pitié », a répondu Louisa du tac au tac. « Parce que s’ils ont pensé faire quelque chose de bien de leur vie, ils se sont lourdement trompés ».

Me Jacques Fourvel demande à la cour « une peine juste » mais qu’il espère « sévère » pour les accusés. L’avocat aimerait aussi que l’État fasse en sorte que sa cliente puisse retourner au Bataclan sans craindre un nouvel attentat.

Me Sylvain Cormier s’est souvenu de l’ouverture du procès lorsque le président de la cour a dit : « Je sais que les faits que l’on juge sont hors norme mais j’aimerais qu’on revienne très vite à la norme d’un procès. » « Eh bien, c’est réussi … et ce n’était pas évident. Je suis très fier de participer à ce procès ». Lors de l’attaque, le graphiste s’est refugié sous une table avec son copain Julien. Il a néanmoins pris une balle. « Ce qui l’a marqué, c’est la séquence où les terroristes ont tué, au coup par coup, en tirant depuis les balcons sur des personnes en contrebas à chaque fois qu’un téléphone sonnait ».

C’est Me Robert Gastone qui termine cette journée de plaidoiries. Il défend trois jeunes secouristes qui sont intervenus lors des attentats mais n’étaient pas formés, préparés, équipés pour intervenir sur une tragédie de cette ampleur. « Ils n’ont reçu aucun geste de reconnaissance de la Nation », s’insurge l’avocat qui tenait à plaider devant les accusés. Et qui a donc demandé le report de sa plaidoirie prévue initialement mardi, jour où les accusés avaient boycotté l’audience. Des accusés dont il juge qu’ils « sont tous – à des degrés divers – mais tous responsables des 132 morts et de tous ces blessés ».

Michel Zerbib

LE 07-06-22 - 09:58