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Deux iles pour rapprocher Israël et l’Arabie Saoudite ?

Deux ilots de la mer Rouge pourraient-ils être le point de départ d’une normalisation entre l’Arabie Saoudite et Israël ? C’est ce qu’affirme le journaliste israélien Barack Ravid, qui révélait il y a quelques jours sur le site Axios, que les Etats-Unis auraient repris une médiation sur la rétrocession par l’Egypte à l’Arabie Saoudite, de Tiran et Sanafir. En quoi cela concerne-t-il Israël ? Tout simplement parce que ces deux iles qui contrôlent le détroit de Tiran à l’entrée du golfe d’Aqaba en mer Rouge, occupent une position stratégique et que l’Egypte ne peut en céder le contrôle sans l’accord exprès d’Israël, en vertu du traité de paix signé entre les deux pays en 1979. Pour mémoire, c’est la fermeture du détroit de Tiran par l’Egypte en mai 1967 qui avait précipité le déclenchement de la guerre des Six Jours, car c’est la seule voie d’accès à Israël par la mer Rouge. Ces deux iles, c’était l’Arabie Saoudite qui en avait cédé le contrôle à l’Egypte dans les années 50. Elles ont été démilitarisées lors du traité de paix entre Israël et l’Egypte et depuis, une force multinationale y surveille et assure la liberté de navigation. Voilà pour l’histoire.

En 2017, Riyad et le Caire avaient convenu que les iles reviendraient à l’Arabie Saoudite. Quelques mois plus tard, Israël avait donné son accord de principe. Mais la rétrocession n’avait jamais été actée. Et voici donc que les Etats-Unis remettent le nez dans le dossier, pensant que ce serait un bon moyen de rapprocher Israël et l’Arabie Saoudite. Les deux pays on le sait, entretiennent des contacts officieux depuis plusieurs années, notamment dans le domaine sécuritaire. Et l’Arabie Saoudite, principale puissance sunnite du Golfe, avait donné son feu vert au Bahreïn et aux Emirats arabes unis pour leur rapprochement avec Israël, dans le cadre des Accords d’Abraham, signés il y bientôt deux ans. Riyad avait même fait un premier geste en direction d’Israël en autorisant certains de ses vols commerciaux à survoler son territoire. Et en mars dernier, le prince héritier Mohammad bin Salman avait affirmé qu’Israël pourrait être un « allié potentiel » de l’Arabie Saoudite et que les deux pays pourraient partager de nombreux intérêts communs.

Mais le ministre saoudien des Affaires étrangères, présent en début de semaine au Forum de Davos, a tenu à rappeler que la position de son pays à l’égard d’Israël restait inchangée. « Une normalisation totale entre Israël et l’Arabie Saoudite et entre la région et Israël sera extrêmement profitable, mais nous ne pourrons y accéder tant que la question palestinienne ne sera pas réglée » avait déclaré le prince Fayçal. Autrement dit, pas de normalisation sans un règlement du conflit israélo-palestinien. Cela dit, l’administration américaine ne baisse pas les bras. Le président Biden prévoit pour le mois prochain une tournée proche-orientale, qui doit notamment passer par Israël et par l’Arabie Saoudite et on évoque même à cette occasion un sommet régional qui réunirait autour de lui les leaders de plusieurs pays arabes. L’annonce d’un accord avec l’aval d’Israël sur les iles de Tiran et Sanafir serait un atout diplomatique pour le président Biden, alors que les pays de la région s’inquiètent toujours d’un désengagement américain et de l’agressivité croissante de l’Iran.

Pascale Zonszain