(Crédit : Danny Shem Tov/porte-parole de la Knesset)

Israël : un pas de plus vers les élections ?

Personne n’avait rien vu venir. Ghaïda Rinawi Zoabi a pris tout le monde de court en annonçant hier qu’elle se retirait de la coalition. L’élue du Meretz conserve son siège à la Knesset, mais devient un électron libre, comme l’avait déjà fait il y a six semaines la députée Yamina Idit Silman. Et comme sa collègue de droite, la parlementaire arabe israélienne a fait jouer la clause de conscience, expliquant qu’elle ne pouvait plus supporter la ligne politique de la coalition.  

Et maintenant ? Rinawi Zoabi acceptera-t-elle de soutenir la coalition de l’extérieur sur des projets ponctuels ou votera-t-elle avec l’opposition, y compris si cela entraine la chute du gouvernement ? La question est cruciale, car dans l’opposition, on déjà commencé à fourbir les armes. Le Likoud, qui tient en réserve sa proposition de loi de dissolution de la Knesset, pourrait la présenter à la première occasion possible, c’est-à-dire le 25 mai. Face à une coalition qui ne compte plus que 59 voix au parlement, l’opposition a, sur le papier, les 61 voix nécessaires pour faire passer le texte en lecture préliminaire.

Car cette fois, la dynamique a changé. Naftali Bennett risque de chuter à tout moment. Cela peut venir d’un revirement des islamistes sur fond de Marche des Drapeaux, que le ministre de la Sureté a autorisée pour le Yom Yerushalayim, l’anniversaire de la réunification de Jérusalem, le 29 mai. Le basculement peut aussi se produire dès lundi, si le gouvernement maintient son projet de loi sur le financement des études pour les soldats démobilisés, que les députés arabes ne soutiendront pas et qui ne pourra pas passer sans les voix d’opposition de droite. Or, le Likoud a annoncé qu’il ne coopérerait plus sur aucun texte avec la coalition. Cela ne veut pas dire pour autant que le parti conservateur peut former un gouvernement alternatif sans passer par les élections, puisque les partis de droite de la coalition ne veulent pas d’alliance tant que Benyamin Netanyahou reste à la tête du Likoud.

Ce qui ramène à l’option de la dissolution de la Knesset à l’initiative de l’opposition. Si les deux députées dissidentes votent pour, dès mercredi, il est probable que les deux lectures suivantes auront lieu rapidement. Ce qui pourrait signifier des élections législatives anticipées vers le milieu du mois de septembre, avant les fêtes de Rosh Hashana. Et cela signifie aussi que vu la configuration de la crise, c’est Naftali Bennett qui restera à la tête du gouvernement jusqu’à la formation du prochain. Et donc, pas de rotation pour Yaïr Lapid. Et si les partis de droite peuvent envisager de se retrouver dans une nouvelle majorité de droite après le scrutin, c’est en revanche un retour assuré dans l’opposition pour les partis de gauche et pour les islamistes. Autant de raisons pour les uns et les autres de tenter de raisonner la dissidente du Meretz, voire pour Naftali Bennett et Yaïr Lapid de rechercher de nouvelles alliances, peut-être vers les partis orthodoxes, même si l’option semble assez peu réaliste.

Dans l’histoire politique d’Israël, trois gouvernements avaient réussi à survivre à une mise en minorité, ceux d’Itzhak Shamir et d’Itzhak Rabin dans les années 90 et celui d’Ariel Sharon en 2005. Mais aucun n’avait dû gérer une coalition aussi disparate.  

Pascale Zonszain