(Crédit : conseil régional du Gush Etzion)

La construction dans les implantations ne fait que des mécontents

Deux tiers de validations définitives et un tiers d’autorisations préliminaires, soit un total de 4.320 logements qui seront construits en Judée Samarie. C’est ce qu’a confirmé jeudi la commission supérieure d’urbanisme placée sous la tutelle du ministère israélien de la Défense, comme tout ce qui relève de l’administration civile dans les zones de Judée Samarie sous contrôle israélien. La mesure était attendue depuis plusieurs mois, d’autant que la commission ne s’était plus réunie depuis octobre. Elle avait alors validé de nouveaux chantiers pour les implantations israéliennes, mais aussi pour plusieurs localités palestiniennes de la zone C.

Depuis la signature des accords d’Oslo de 1993 entre Israël et l’OLP, la construction israélienne au-delà de la ligne Verte fait toujours l’objet de tensions diplomatiques, régulièrement condamnée par l’Autorité Palestinienne, mais aussi par l’Europe et les Etats-Unis, qui la dénoncent comme un « obstacle à la paix ». Israël considère de son côté que la croissance démographique au sein des implantations nécessite de répondre à la demande de nouveaux logements. A terme, le règlement du conflit israélo-palestinien devrait voir Israël conserver ce que l’on appelle les blocs d’implantations, tandis que les localités isolées seraient démantelées dans le cadre d’un accord définitif négocié. Mais les pourparlers de paix sont au point mort depuis près de dix ans et pendant ce temps, les localités israéliennes de Judée Samarie poursuivent leur développement, alors que certaines ont été créées il y a près d’un demi-siècle.

Aujourd’hui, la coalition au pouvoir, on le sait, est composée de partis de gauche et de droite et ces derniers, en particulier le parti Yamina de Naftali Bennett, tiennent à préserver les intérêts des Israéliens de Judée Samarie qui forment une partie de leur base électorale. Le chef du groupe Yamina à la Knesset, le député Nir Orbach considérait d’ailleurs comme indispensable le feu vert à de nouvelles constructions, pour maintenir un équilibre au sein de la coalition, déjà très affaiblie par les récentes crises successives. Pourtant, le Conseil Yesha, l’instance représentative des implantations de Judée Samarie a critiqué une décision trop frileuse, et très en-deçà des promesses du gouvernement qui prévoyait initialement la construction de près de 6.000 logements.

Cette révision à la baisse est apparemment le résultat d’une négociation avec Washington, qui s’opposait à tout nouveau chantier. Naftali Bennett a fait savoir à l’administration Biden qu’il en allait de la survie de son gouvernement, car sans ce nouveau plan, il risquait l’éclatement définitif de son parti et la perte de la majorité, déjà bien compromise. Comme toujours, ces décisions ont un impact sur les relations entre Jérusalem et Washington et requièrent un sens aigu du timing. Le président Biden devrait effectuer sa première visite en Israël dans le courant du mois de juin, et il ne fallait pas que la mesure soit trop proche de la date de son arrivée. En 2010, Joe Biden, alors vice-président de Barack Obama était justement en visite à Jérusalem, quand la commission d’urbanisme avait annoncé la construction de nouveaux logements dans les quartiers est de Jérusalem, et le gouvernement israélien s’était retrouvé avec un incident diplomatique sur les bras. Cette fois, la mesure a déjà fait tiquer la gauche de la coalition et devrait probablement valoir à Israël une nouvelle remontrance américaine. Et un casse-tête de plus pour Naftali Bennett.

Pascale Zonszain