(Crédit : capture d'écran Al Jazeera)

Attentat médiatique

Dans l’échelle des événements potentiellement explosifs du point de vue d’Israël, il y a dans le haut de la liste, la mort de Palestiniens civils non combattants dans le cadre d’un affrontement armé avec des terroristes ou d’une répression d’émeutes. Si de surcroit, cela survient durant une période sécuritaire déjà tendue, cela peut faire office de détonateur. Personne n’a oublié l’onde de choc planétaire de l’affaire Mohamed Al Dura, qui avait servi de déclencheur à la seconde intifada de l’automne 2000.

La mort de Shirin Abu Aqleh mercredi à Djénine, coche presque toutes les cases, avec un facteur aggravant de taille : elle était journaliste, correspondante de la chaine qatarie Al Jazeera dans les territoires palestiniens, et une véritable star dans le monde arabe. Ce qui donne évidemment à l’événement une dimension médiatique encore plus importante. Il faut reconnaitre qu’Israël a appris de ses erreurs depuis une vingtaine d’années et compris l’importance de la communication. Cela nécessite à la fois de la réactivité et de la prudence. Reconnaitre la gravité de l’événement, mais sans assumer de responsabilité ni la rejeter d’emblée, avant d’avoir vérifié tous les faits. Israël a tout de suite réalisé les implications de la tragédie et communiqué en conséquence.

Seulement, comparé au rythme de fonctionnement des réseaux sociaux, la communication officielle d’Israël reste en décalage. Le porte-parole de Tsahal a relayé une première vidéo de Djénine, montrant un Palestinien armée tirant en rafales sans viser, tandis que des voix crient en arabe qu’un soldat israélien a été touché. Sauf que l’angle de prise de vue ne montre pas la journaliste. Et surtout la vidéo a été postée une heure après que d’autres images circulaient déjà sur les réseaux, montrant le corps sans vie de Shirin Abu Aqleh trainé par un Palestinien et chargé dans une voiture. C’était suffisant pour que le récit palestinien prenne la priorité et que la journaliste soit désignée comme une « martyre » victime de la violence israélienne. L’Autorité Palestinienne a renchéri en dénonçant une « exécution » et accusé Tsahal d’avoir délibérément abattu la journaliste.

Dans la mesure où la correspondante d’Al Jazeera détenait la citoyenneté américaine, on peut espérer que Washington fera pression sur l’Autorité Palestinienne pour diligenter une enquête conjointe avec Israël, ou au moins avec des représentants américains. Ce qui permettrait d’obtenir les résultats de l’autopsie effectuée par un médecin légiste palestinien. On peut toutefois supposer que si les constats avaient prouvé que le tir venait de Tsahal, l’Autorité Palestinienne se serait empressée de diffuser l’information.

Le temps, on l’aura compris joue donc un rôle capital. Plus les informations tardent à venir et plus la version palestinienne sur la culpabilité d’Israël se renforce dans le public. Entretemps, l’incitation va aller croissant. C’est pour cela qu’en Israël, on appelle ce genre d’événement un « attentat médiatique ». De ceux qui peuvent mettre le feu aux poudres.

Pascale Zonszain