(Crédit : Twitter)

La cour entend à nouveau des témoignages déchirants, la chronique judiciaire de Michel Zerbib

Le terrible attentat de Elad ce 5 mai en Israël nous rappelle l’actualité toujours brulante du terrorisme islamiste et la permanence du danger en Europe et en France en particulier. De Elad endeuillé, on retourne il y a six ans dans le 11e arrondissement de Paris avec le témoignage d’Isabelle.

Isabelle, c’est la mère de Justine, morte sur la terrasse du Petit Cambodge
« Mais pourquoi ce n’est pas toi qui es là ? Parce que certains ont estimé qu’un soir de novembre, tu ne méritais de vivre. Tu as été assassinée. Ce jour-là tu est partie ». dit elle d’emblée Le soir de l’attentat, Isabelle s’inquiète car elle a entendu aux informations que le Petit Cambodge est touché. Elle apprend par une amie que sa fille est blessée au ventre. Justine a été montée dans une ambulance. Ses frères font le tour des hôpitaux de Paris. Justine ne sera jamais une victime clame sa mère. En fait quand l’hôpital de La Salpêtrière les appelle, on leur dit que Justine est mourante, qu’elle a pris une balle dans la tête. Quand la famille arrive, c’est trop tard. On leur dit que Justine est décédée. « Vous avez décroché une boule à facettes tourbillonnante. Vous m’avez privée des moments d’angoisse d’une mère. Mais qu’est ce que c’est bon l’angoisse quand c’est synonyme de vie ».

La famille de Stella, elle, a témoigné ensuite à la barre. Cette jeune fille est décédée à la terrasse du Petit Cambodge. Stella était titulaire d’un doctorat de médecine et de pharmacie. « Elle laisse un grand vide dans nos vies. Depuis ce 13 novembre, il n’y a pas un seul jour sans que ma fille me manque ». dit sa mère en pleurs. Aux accusés, la mère de Stella souhaite qu’ils soient séparés à jamais de (leur) mère comme elle l’est aujourd’hui de sa fille. « Vous n’aurez aucune clémence de ma part. Elle, en revanche, il n’est pas impossible qu’elle puisse un jour vous pardonner de là où elle est ». « Stella va manquer au monde et le monde ne le sait pas. Elle voulait être utile. Des fous criminels et irresponsables en ont décidé autrement ».

Jean Luc Wertenschlag, de la famille de l’ancien Grand Rabbin cet ergothérapeute raconte sa soirée du 13 novembre. Il habite dans un appartement au-dessus de la Belle équipe. Ce soir-là, il est avec sa fille de 15 ans. Quand ils voient les trois tireurs qui mitraillent la terrasse. Jean Luc décide de prendre des photos depuis sa fenêtre. A l’audience, il projette une photo où l’on distingue deux tireurs et la Seat des tueurs. L’un des terroristes porte des baskets orange, on sait désormais qu’il s’agissait d’Abdelhamid Abaaoud.

Jean-Luc Wertenschlag a reçu une formation de secouriste et décide de descendre de son appartement avec sa mallette de secours. Il aperçoit une jeune fille qui a reçu notamment une balle dans la cuisse. il lui fait avec sa ceinture un garrot. Puis, il se retrouve avec un autre blessé, grièvement touché à l’abdomen. « Je prends mon tee-shirt et je panse la plaie de son ventre ». Jean-Luc se retrouve torse nu parmi les blessés. « Nous restons seuls pendant 27 minutes », avant que les secours n’arrivent.

Une vue d’ensemble de la terrasse de la Belle équipe avec tous les corps des personnes décédées. L’image est insoutenable.

Jean-Luc Wertenschlag transmet les photos aux policiers du 36, quai des Orfèvres le soir-même des attentats. « J’ai été à moins de 10 mètres des tireurs. Dans un immeuble qui a été touché par des balles. Je n’ai pas été visé car j’ai eu la présence d’esprit de couper le flash de mon appareil photo ».

Celui qui ne devait pas témoigner car la cour e souhaitait pas son témoignage finit en disant « ne sommes pas des témoins malheureux, nous sommes la première ligne de défense citoyenne ».

Puis c’est au tour de Claire, sœur aînée de Djamila, qui est décédée à la Belle équipe.

« Mes parents d’origine algérienne ont eu neuf enfants. Ils nous ont inculqué un islam tolérant pas comme celui que pratiquent les accusés », déclare Claire qui a perdu sa sœur Djamila et qui s’exprime au nom de toute sa famille très éprouvée. « Ma mère faisait sa prière quand Grégory (l’ancien compagnon de sa sœur) nous a prévenus ». Sa mère ,folle de douleur ,ne survivra pas longtemps à ce deuil.

Aujourd’hui, c’est pour sa nièce Tess qu’elle s’inquiète. La fille de Djamila et de Grégory, le patron de la Belle équipe. « Je la vois dépérir, faire des tentatives de suicide. Nous avons peur de la perdre ».

Il raconte qu’il était au Bataclan café quand la fusillade a démarré. « Un verre explose. Je me retrouve face à des hommes armés »il se met aussitôt à courir.

« Je prends une balle dans le dos » . « La balle me traverse le poumon et ressort par devant. Je suis persuadé que je vais mourir, j’ai peur de finir handicapé ». Il est pris en charge rapidement. Une bactérie infecte sa blessure au poumon. Mais il estime « avoir eu de la chance dans (son) malheur ». Aujourd’hui « Je travaille avec les plus grands artistes, Céline Dion, les Stones, Justin Bieber. » Il est miraculé.

Il s’adresse aux accusés qui sont tous présents « vous n’avez pas gagné, je suis encore là, vous m’avez aidé à aller de l’avant. Je ne vais quand même pas vous remercier (quelques rires dans la salle) mais voilà, vous n’avez pas gagné »

On finira par Louis qui travaillait au Bataclan café ce soir-là. Il a pris une balle de kalachnikov dans la cuisse, » Louis qui ne comprend pas la « lâcheté des assaillants ».

« Je me sentais exclu, incompris de ce monde. Je ne voulais pas me considérer comme une victime mais comme un survivant », témoigne Louis qui ne s’était pas immédiatement signalé auprès des associations de victimes. Par la grâce de ce procès, le mot « victime » est désormais accolé à celui de survivant.

Michel Zerbib