(Crédit : Twitter)

L’incroyable cavale du milicien pro-nazi Paul Touvier jusqu’en 1989, la chronique de Michel Zerbib

D’abord vous dire que j’avais couvert le procès de Touvier en 1994 pour Radio J, d’où ma vocation précoce finalement pour la chronique judiciaire ! Je commence mon récit au moment de la Libération : en août 1944, Touvier reste au siège de la Milice à Lyon. Il se croit protégé grâce à ses contacts avec la Résistance modérée. Il veut jouir d’une petite fortune mal acquise. Durant les mois de juillet et août, Touvier va libérer par petits groupes les prisonniers qui lui sont confiés, pensant ainsi accumuler les actes favorables à la Résistance.

À l’heure de la libération de Lyon, le chef du deuxième service de la Milice sait pourtant ce qui l’attend : lui sont reprochées, entre autres, sa probable participation à l’assassinat de Victor Basch, président de la ligue des droits de l’homme, et de sa femme, l’exécution de sept otages juifs à Rillieux-la-Pape, des arrestations, des déportations. Déjà il va utiliser les réseaux des Eglises. Traqué, Paul Touvier, trouve son premier refuge chez l’abbé Stéphane Vautherin, habitant sur la colline de Fourvière. Celui-ci le cache sous un faux plancher pendant que des résistants fouillent la maison. Touvier réussit à quitter la ville, en emportant, semble-t-il, une somme de 300 000 francs de l’époque provenant du trésor de la Milice lyonnaise ! Pilleurs de juifs notamment. Durant cette première cavale, Paul Touvier change pour la première fois d’identité et emprunte celle de son beau-frère. Une pension de famille (achetée 300 000 francs) offre un abri à Touvier à Montpellier. Il peut y loger sa famille qui est alors composée de son père, ses frères et sœurs, son beau-frère et son fils, âgé de six ans. La famille se retrouve dans l’Oise et certains membres de la famille sont arrêtés. Pas lui.

En septembre 1946, Paul Touvier est condamné à mort par contumace par la cour de justice de Lyon (juridiction spéciale mise en place à la Libération), et en mars 1947 à la même peine par la cour de justice de Chambéry. Le 3 juillet 1947, il est arrêté à Paris, où il a tenté quelques vols à main armée (dont un dans une boulangerie) et comploté avec d’autres rescapés de l’épuration, avant d’être dénoncé. Devant les policiers qui l’interrogent, le double condamné à mort trahit ses amis. À la fin des interrogatoires, avant d’être expédié devant le peloton d’exécution à Lyon, il en profite pour s’évader, dans des conditions suspectes donnant à penser qu’il a pu bénéficier de complicités. Elles ne font que commencer pour plus de 40 ans .

Pour s’en sortir, Touvier frappe à la porte des églises à Paris : d’abord à Sainte Clotilde, puis à Saint François. En août 1947, à 32 ans, dans une chapelle de la rue monsieur le Prince, il se marie clandestinement à une jeune femme de 21 ans, qu’il a rencontrée à Paris, par l’abbé Pierre Duben, aumônier des prisons. Deux enfants naissent ! En 48 et 50.

La suite ? Dans les années 50, il se cache à Chambéry, dans la maison familiale des Charmettes, sous une fausse identité et avec le soutien de certains milieux catholiques. Il y trouve le soutien de l’abbé Tissot. Le curé de la paroisse du Sacré-Cœur, le père Eugène Morel-Chevillet, lui apporte aide et assistance. Quand un danger semble menacer la famille, toujours recherchée, elle trouve refuge auprès du clergé régulier dans l’Ain ou dans la Sarthe, etc.). Il a été évoqué un séjour à l’Abbaye de Savoie est démenti : un communiqué a été publié le 29 mai 1989 par le père abbé pour protester contre ces affirmations, indiquant d’une part que Touvier « n’a jamais séjourné à l’abbaye d’Hautecombe, même s’il a eu des contacts personnels avec le père Édouard Dupriez, abbé de ce monastère jusqu’en 1978 », et d’autre part que « le père Michel Pascal, actuel abbé d’Hautecombe, et toute la communauté… réprouvent énergiquement les actes dont Paul Touvier est accusé et les idéologies qui les ont suscités. » Selon MES informations, Touvier était encore caché dans une Eglise à Paris dans les années 80.

La plupart des journalistes et moi même apprendront dans l’acte d’accusation son amitié et sa collaboration avec le chanteur belge en 94 .
Il rencontre Brel et travaille pour lui au milieu des années 60 — sans lui révéler sa véritable identité, se faisant alors appeler « Paul Berthet » —,Touvier produit avec lui un 33 tours d’éducation sexuelle pour les jeunes chez Philips (sorti le 27 avril 1967) intitulé L’Amour et la Vie et pour lequel Brel lui permet l’utilisation gratuite d’une de ses chansons. Ce disque est alors très bien accueilli par la presse. Brel  apprendra ,dit on ,seulement cinq ans plus tard à qui il avait fait confiance et avec qui il avait tissé, au fil du temps, de réels liens d’amitié. Ca refroidit bien sur…

Michel Zerbib