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Yom Hashoah et la génération des derniers survivants

Ils sont les derniers témoins, les derniers à pouvoir raconter, transmettre ce qu’ils ont vécu alors qu’ils n’étaient, pour la plupart, encore que des enfants. Ils sont aujourd’hui 161.400 survivants de la Shoah, à peine un peu plus d’un pourcent de la population israélienne. Depuis le Yom Hashoah de 2021, plus de 15.500 ont quitté ce monde. En Israël, comme dans tous les pays, mais peut-être encore plus en Israël, il y a un sentiment d’urgence. Il faut que ces rescapés passent les dernières années de leur vie dans les meilleures conditions possibles. Beaucoup sont dépendants, malades. En moyenne, 42 décèdent chaque jour. L’Etat d’Israël leur porte assistance, mais certains vivent pourtant dans des conditions de précarité. Souvent seuls, ils ne savent pas toujours ou ne sont pas en mesure de demander les aides auxquelles ils ont droit. Peut-être encore plus ceux qui ont immigré depuis une trentaine d’années des pays de l’ancienne Union Soviétique et dont certains ne pouvaient plus apprendre l’hébreu. Et parmi ces immigrants, il y a ceux qui sont arrivés en Israël récemment, fuyant une nouvelle fois la guerre, cette fois celle qui se déroule en Ukraine et qui réveille leurs terreurs d’enfants. Ils sont plus de 5.000 à être arrivés en Israël depuis la fin du mois de février.

Pour tous ces rescapés de la Shoah et des persécutions nazies, il faut aussi que leur mémoire survive. Beaucoup ont tardé à raconter ce qu’ils avaient vécu. Ils voulaient une nouvelle vie en Israël, ils disaient qu’ils avaient « oublié ». Parfois aussi parce qu’ils avaient un sentiment de honte. Pour ceux qui avaient fait leur alyah dans les années qui avaient suivi l’indépendance, c’était souvent l’incompréhension des sabras qu’ils rencontraient en arrivant et qui les voyaient comme des victimes qui auraient dû prendre les armes pour se défendre et ne pas « aller à la mort comme des moutons à l’abattoir », selon l’expression de l’époque. Il a fallu beaucoup de temps pour que les Israéliens comprennent l’ampleur de l’entreprise d’extermination nazie et que les six millions de Juifs assassinés avaient été impuissants à lutter.

Le changement de perception a duré des années jusqu’à ce que le regard d’Israël devienne bienveillant et surtout empathique. L’évolution est passée par la transmission, parfois au sein des familles, mais le plus souvent par l’éducation des jeunes générations. L’enseignement de la mémoire de la Shoah a pris une place importante dans la construction de la conscience nationale d’Israël, qui a fini par comprendre que ces deux mondes parallèles, celui de la diaspora poursuivie et persécutée et celui du Yichouv d’Eretz Israël d’un jeune peuple qui se battait pour son indépendance, n’étaient pas des mondes contradictoires. Et aussi que la Shoah ne s’était pas arrêtée à l’Europe, mais qu’elle avait commencé à se propager jusqu’à l’Afrique du Nord.

Cette mémoire fait désormais partie intégrante de la conscience nationale d’Israël. Israël avait commencé à se construire avant la Shoah, elle a continué malgré la Shoah, mais il lui est désormais impossible de se penser sans la Shoah. D’où l’importance de faire tout ce qui est possible pour que les derniers survivants sachent qu’ils peuvent compter sur Israël et qu’Israël continuera à porter leur mémoire.

Pascale Zonszain