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L’insuffisance cardiaque, un cœur en souffrance, la chronique du docteur Serge Rafal

On parle volontiers d’angine de poitrine ou d’IDM et beaucoup moins de l’insuffisance cardiaque dont on sous-estime la fréquence et la gravité. Elle touche pourtant 2,3 % de la population (soit 1,5 millions de personnes en France), de 80 ans de moyenne d’âge avec souvent des maladies associées. Elle est responsable de 7000 décès par an.  

L’acronyme EPOF est évocateur et constitue un bon moyen mnémotechnique (Essoufflement, prise de Poids, OMI, Fatigue) auxquels peuvent s’ajouter des signes congestifs, crépitants spécifiques à l’auscultation et turgescence des jugulaires qui traduisent les difficultés pour un cœur fatigué à faire circuler normalement 6 à 8000 litres de sang chaque jour grâce à 70 battements par minute en moyenne pour un tour complet qui dure environ 1 minute du ventricule gauche à l’oreillette droite.

Les symptômes que je viens d’énumérer sont très évocateurs surtout si le contexte est celui d’une atteinte cardio-vasculaire connue. Le diagnostic est confirmé par le dosage de 2 hormones sécrétées par les oreillettes et les ventricules, en réponse à l’augmentation des pressions, le BNP et le proBNP.  L’ECG, la RXS de poumons, l’écho-Doppler sont également utiles.

Les causes sont multiples puisque celle-ci est la conséquence, l’aboutissement de la plupart des maladies ou pathologies du cœur : IDM, inflammation (myocardite), troubles du rythme prolongés, hypertension artérielle, valves défectueuses. Mais l’insuffisance cardiaque est parfois une complication de la chimiothérapie ou une conséquence de l’alcoolisme.

On mesure sa gravité aux capacités réduites du ventricule gauche à effectuer son travail de propulsion du sang dans l’aorte puis la grande circulation. Ce que nous appelons la fraction d’éjection systolique. Je vous rappelle que la systole, c’est la phase d’éjection du sang, la diastole, celle de remplissage.

Les traitements de l’insuffisance cardiaque ont besoin d’être précoces afin de ralentir l’évolution de la maladie et parfois les lésions. Ce sont d’abord des Tts médicamenteux qui renforcent les contractions, bloquent le système hormonal, éliminent eau et sodium par une action diurétique. C’est parfois la pose d’un pace-maker ou d’un défibrillateur, la correction chirurgicale d’une valve cardiaque, la pose d’un stent pour améliorer l’oxygénation.

C’est une maladie chronique qui ne guérit pas définitivement mais qui peut être stabilisée grâce au traitement et à une bonne hygiène de vie (réduction du sel, de l’alcool, activité physique, arrêt du tabac).

« A cœur vaillant, rien d’impossible » nous dit Jacques Cœur, le bien nommé grand Argentier de Charles VII au 15ème siècle, « Cœur insouciant vit longtemps » lui répond Shakespeare. Nous n’en avons qu’un, alors prenons-en soin… pour éviter ce qui serait un crève-cœur.

Docteur Serge Rafal