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20 novembre 1945, ouverture du procès de Nuremberg : le plus grand procès de l’histoire, la chronique de Michel Zerbib

Six mois seulement après la capitulation nazie, le 20 novembre 1945 s’ouvre le procès géant de 24 des principaux responsables du Troisième Reich, accusés de complot, crime contre la paix, crime de guerre et crime contre l’humanité débute dans la ville allemande de Nuremberg. Si j’étais à l’époque (si j’avais survécu) je vous aurais présenté le décor de cet événement mondial de la justice internationale ainsi : à 9h45 dans le crépitement des flashs des 400 journalistes qui couvrent l’événement inouï , 21 des plus hauts dirigeants s’installent sur le banc des accusés. Ils s’apprêtent à comparaitre devant un tribunal militaire international composé de juges américains, britanniques, russes et français. Les quatre pays vainqueurs du nazisme. Pendant près de 10 mois ce procès va tacher de juger et punir sans délai les responsables des pages les plus sombres de l’histoire de l’humanité.

Non la ville allemande n’est pas choisie par hasard, c’est ici que 10 ans plus tôt 1935, le troisième Reich promulguait les lois de Nuremberg, fondement de l’idéologie raciste et antisémite nazie. Des manifestations monstres filmées par le régime nazi qui montrent des foules disciplinées et exaltées par le délire charismatique de Hitler « ce sombre génie » comme dira le général de Gaulle. La guerre suivra avec ses massacres de populations civiles, l’humiliation la haine et le génocide près de 6 millions de Juifs. En Yiddish le HOURBAN et en Hébreu la Shoah. Même s’il faut le dire d’emblée ce procès extraordinaire ne sera pas le vrai procès du crime contre l’humanité que fut la Shoah qui continuera longtemps à interroger et bouleverser la conscience humaine.

Face à l’immensité du génocide et aux atrocités commises par les nazis 4 CHEFS D’INCULPATION SONT RETENUS : complot , crimes contre la paix , crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Tous plaident non coupables à la barre : parmi eux Hermann Goering maréchal du Reich, Rudolph Hess adjoint de Hitler, Joachim Von Ribbentropp ministre des affaires étrangères du régime, Wiilhem Keitel chef de la Wermacht. Certains absents manquent cruellement, à commencer par Adolph Hitler qui s’est suicidé dans son bunker quelques mois plus tôt. Ces Nazis vont imaginer pouvoir se servir de ce procès comme tribune mais ils comprendront dès le premier jour que ce ne sera pas possible avec le président intransigeant, juste et soucieux de juger et punir vite. En dépit du théâtre de certains accusés comme Goering.
Pendant près d’un an, témoins, rescapés, médecins ou militaires se succèdent à la barre tandis que des dizaines de milliers de documents sont présentés à la cour.

Aucun tribunal n’avait jamais entendu pareille énumération de meurtres de masses. Pour la première fois plusieurs films sont diffusés pendant l’audience, preuves irréfutables de la barbarie nazie. Insoutenables, ces images veulent confronter les accusés à leur crime mais aussi avoir valeur de formidables et terrifiants témoignages. L’idée était de filmer tout pour ne jamais oublier.

« Ces hommes savent bien que le monde ne leur pardonne pas et que l’heure de payer est venue ». Diront ce jours les actualités de l’époque pour un procès filmé pour l’histoire. Le tribunal innove et jette les bases d’une nouvelle justice.

En 1945 à la libération des camps lorsque s’ouvraient les portes de l’enfer, le langage humain ne pourra jamais décrire vraiment l’anéantissement et il n’existe pas de vocabulaire ni de cadre juridique pour qualifier ces crimes qui dépassaient l’entendement humain. « Quelle justice , il y aura pour des crimes impunissables, quelle justice il y aura pour le crime des camps de la mort ». Voila pourquoi les alliés instaurent pour la première fois un tribunal international et inventent les notions de crimes contre la paix et crimes contre l’humanité pour désigner la violation des droits fondamentaux des individus ou d’une population. Les hommes ne sont d’ailleurs pas les seuls à être jugés mais aussi pour la première fois des institutions telles que la SS protection nazie ou la gestapo, police du reich est au banc des accusés.

Le 1er octobre 1946 à 13h50, la cour spéciale se réunit une dernière fois pour rendre son verdict. 12 prévenus sont condamnés à mort parmi eux Goering ribentropp keitel. Les autres à la prison parfois à vie et trois sont acquittés à la surprise générale. Mais pour certains cette justice des vainqueurs est contestable, non pas pour les crimes commis par les nazis mais pour ceux commis par les Alliés, notamment l’utilisation de la bombe atomique en aout 1945. A lire ou relire d’urgence « Un nom impérissable : Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe (1933-2007) » aux éditions du Seuil de Georges Bensoussan qui sera l’invité de l’émission SEFARIM sur Radio J samedi 30 avril à 21h30.

Michel Zerbib