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Le Covid long, une maladie qu’on commence à mieux connaître, la chronique du docteur Serge Rafal

Je vous rappelle que le Covid long, c’est par définition, la persistance au-delà de 12 semaines après l’infection, de symptômes multiples et polymorphes, qui ne peuvent être expliqués par un autre diagnostic. Beaucoup d’équipes partout dans le monde travaillent d’ailleurs à la compréhension de cette nouvelle pathologie bien floue voire nébuleuse, préoccupante par sa fréquence et son retentissement sur la qualité de vie.

On estime que 10 à 20% des malades infectés par le Sars-Cov2 conservent au-delà de 2 mois, des symptômes, 53 listés au total, qui peuvent s’installer plus ou moins durablement. Mais la plupart des épidémiologistes ont le sentiment que ces Covids longs seraient de 20 à 50% moins fréquents depuis quelques mois, probablement parce que les populations occidentales sont très largement vaccinées et que l’Omicron est bien moins agressif que ses prédécesseurs, l’initial de Wuhan puis le delta, même s’il est beaucoup plus contagieux.

Le Covid long est une infection systémique qui continue à provoquer, à distance de l’épisode, des symptômes pluriels et variés : cardiaques, dermatologiques, digestifs, musculaires, neuro-psychiatriques, ophtalmologiques, respiratoires, vasculaires. Les patients jeunes, volontiers des dames, se plaignent surtout de fatigue majeure (1 patient sur 2), d’essoufflement (1/3 des patients), de douleurs thoraciques ou musculaires (1/4 des patients), de dysfonctionnements cognitifs plus ou moins intenses. Les séquelles proprement-dites des formes sévères (fibrose pulmonaire, polynévrites, troubles nerveux), touchent, elles des personnes plus âgées, plutôt des messieurs.

Les recherches sont certes nombreuses mais les symptômes et leur évolution ne s’expliquent pas toujours, même si des hypothèses (infectieuses, immunologiques) ont bien sûr été envisagées. C’est ainsi que des chercheurs des NIH (instituts américains de la santé) ont autopsié des groupes de patients et retrouvé du Sars-Cov dans TOUS les organes et en particulier dans le cervelet, qui commande l’équilibre. Mais gardons-nous pour le moment d’une explication définitive avec ce virus si surprenant.

Une grande étude française s’est penchée sur l’évolution des symptômes. Elle a été réalisée par l’AP-HP, a porté sur près de 1000 patients infectés, de 48 ans d’âge médian, suivis jusqu’en octobre 2021. Elle a confirmé d’autres études internationales, évoquant 3 modes évolutifs : – Les troubles disons classiques comme la toux, la perte de l’odorat… diminuent rapidement avec le temps, – Les symptômes neuro-psychiatriques (dont les troubles de l’humeur et de la concentration, la fatigue) et les douleurs articulaires et musculaires peuvent persister plus longtemps ; – Et d’autres symptômes peuvent apparaître à distance ou secondairement sans qu’on soit tout à fait persuadés qu’ils aient un lien avéré avec l’infection. Des patients étiquetés antérieurement spasmophilie, fibromyalgie, maladie de Lyme pourraient en effet se glisser ici ou être aggravés par l’épisode infectieux.

« Il faut donner du temps au temps » nous dit Cervantes. Rabelais lui répond : « Le temps est père de la vérité ». Laissons les chercheurs travailler en paix, sans les bousculer : ce virus qui a bouleversé le monde entier n’a que 2 ans et demi, il va nous livrer petit à petit ses secrets. On l’espère… à défaut de pouvoir s’en débarrasser définitivement.

Docteur Serge Rafal