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Attention à la pollution lumineuse, la chronique du docteur Serge Rafal

Les risques pour la santé de la pollution lumineuse dépassent, nous allons le voir, le cadre de l’œil qui reste la cible principale mais pas exclusive. La toxicité de l’éclairage a augmenté depuis la découverte de l’ampoule électrique à incandescence par l’Anglais Joseph Swan en 1879 puis son amélioration par l’Américain Thomas Edison. La toute première ampoule commercialisée recourt à un filament de tungstène, placé dans un gaz rare (argon ou krypton). L’halogène apparaît « beaucoup beaucoup » plus tard, en 1959, il permet à l’ampoule d’éclairer mieux et de fonctionner plus longtemps. La lampe à LED (1000 fois plus lumineuse que la lampe à incandescence et d’une durée de vie sans commune mesure (50000 heures) apparaît en 2014 : ses inventeurs reçoivent d’ailleurs le prix Nobel de physique. Les progrès sont réels en matière de performance d’éclairage mais malheureusement aussi en dangerosité : ces sources lumineuses sont toxiques pour les photorécepteurs rétiniens, et en perturbant l’horloge interne (cycle veille-sommeil), elles sont en outre à l’origine de troubles du sommeil, de l’humeur (agressivité, dépression), de la cognition (attention, mémoire), d’accidents de la route et du travail, et de pathologies plus graves chez les travailleuses de nuit (augmentation du risque cardio-vasculaire et de cancer du sein). Et il me faut rajouter les enfants et les ados qui, en utilisant à profusion, divers types d’écran (TV, jeux vidéo, portables) s’exposent à une myopie croissante, à la toxicité de la bande bleue de la lumière, à une désynchronisation délétère du cycle circadien.

L’exposition à ces nouvelles sources lumineuses puissantes est particulièrement nuisible la nuit car elle inhibe leur régénération physiologique et désynchronise l’horloge interne avec des conséquences très préjudiciables pour la santé, nous l’avons dit. Il existe 2 types de photorécepteurs : – 6 millions et demi de type cônes, responsables de la vision diurne, la lecture fine, l’écriture, les couleurs, le relief. Ce sont eux qui sont altérés par la DMLA qui altère la vision centrale ; – 130 millions de type bâtonnets, qui tapissent la rétine, responsables principalement des visions, nocturne et périphérique. Ce sont eux qui sont atteints dans le glaucome. Ces récepteurs contiennent des pigments qui sont consommés le jour, régénérés la nuit quand il y a respect du rythme circadien (activité diurne, sommeil réparateur la nuit) et qui participent également à la sécrétion de mélatonine. Et les LED émettent une lumière bleue dont le risque phototoxique est maximal pour la rétine.

Les enseignes lumineuses type Vegas, l’éclairage urbain, les phares blancs automobiles, les écrans de toutes sortes (TV, ordi, tablettes, portables) sont tous à base de LED. Et la proximité et l’étroitesse d’un écran de portable font la toxicité visuelle de ces appareils utilisés de plus en plus longtemps, et danger de plus, souvent de nuit. 

« Seule la lumière peut chasser l’obscurité » disait joliment Martin Luther King. Certes mais sans tomber dans la pollution que je souhaitais dénoncer.

Docteur Serge Rafal