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Attention, les allergies saisonnières démarrent, la chronique du docteur Serge Rafal

L’allergie saisonnière aux pollens de certains arbres et arbustes (aulne, bouleau, cyprès, cyprès) est lancée et se poursuivra jusqu’en juin avec le charme, le chêne, le platane. Elle cédera alors sa place aux graminées (herbacées fourragères, céréalières ou ornementales) en déclenchant le rhume des foins, qui s’étend grosso modo de la période de Roland Garros au défilé du 14 juillet, parfois en août. Plus tard, en septembre, 1 à 3 millions et demi de personnes peuvent être ennuyées par l’ambroisie, l’herbe à poux, plante envahissante très allergisante en provenance d’Amérique du Nord. Près de 15 millions de Français sont ainsi touchés chaque année au gré des saisons de pollinisation. De façon paradoxale, cette allergie est – fréquente chez les enfants vivant à la campagne. Les pollens sont moins nombreux en ville mais souvent plus agressifs car leur enveloppe protectrice est altérée par des substances polluantes comme les particules fines. Phénomène curieux, dans les familles nombreuses, le benjamin est moins souvent allergique que ses aînés… probablement immunisé par leurs infections de l’enfance.

Indiscutablement et ça n’est ni une vue de l’esprit, ni une spécificité française. Les maladies allergiques, notamment respiratoires et cutanées, sont en hausse dans tous les pays industrialisés. Plus de 150 millions d’Européens souffrent de maladies allergiques chroniques, on pense que d’ici 2025, la moitié de la population pourrait souffrir d’une allergie. En France, la rhinite allergique concerne 25 à 35% de la population, 15 à 20% des enfants ont des manifestations d’eczéma, 4 à 8% une allergie alimentaire (avec un risque de choc anaphylactique), 10% de l’asthme. En 15 ans, le nombre d’enfants asthmatiques a d’ailleurs doublé tandis que la sévérité de la maladie augmentait elle aussi.

De forts soupçons pèsent sur la disparition de facteurs protecteurs (exposition dans l’enfance aux poussières, aux foins, aux animaux),l’introduction sur nos tables de fruits exotiques allergisants (avocat, kiwi, noix de cajou et du Brésil, mangue, papaye), la dégradation de l’environnement, la pollution ambiante (benzène, particules fines, diésel), l’excès d’hygiène, la malbouffe, le tabagisme, le stress… 

Les symptômes d’une allergie au pollen : une irritation ORL : besoin de racler le fond de la gorge, éternuements, nez bouché ou au contraire écoulement clair. Et des signes OPH : picotements et démangeaisons des yeux, rouges et larmoyants.

Il existe en effet des allergies croisées, entre certains pollens et de nombreux aliments : les allergies aux pollens de bouleau et à la pêche, la pomme, les fruits à noyaux, les allergies aux pollens de graminées et au melon, à l’orange, à la patate, à la tomate, les allergies à l’ambroisie et au céleri, à la banane, au melon, à la pastèque. Une liste plus complète peut être retrouvée sur Internet.

La rhinite allergique se traite d’abord par des mesures d’évitement et des recommandations de bon sens : – Ne pas sortir les jours de fort vent ; – Rouler en voiture les vitres fermées, – Se nettoyer le nez régulièrement avec du sérum physiologique, – Se laver les cheveux en revenant de l‘extérieur afin que du pollen ne se dépose pas sur l’oreiller et n’entraîne des manifestations nocturnes. Des médicaments : les antihistaminiques sont très efficaces et constituent la base du traitement, d’autant qu’ils sont dans l’ensemble plutôt bien supportés, en dehors d’une somnolence + ou – gênante chez 1 patient sur 7. Enfin une désensibilisation par voie orale, beaucoup plus facile que les injections d’autrefois peut être proposée. Petit bémol, il y a malheureusement de – en – d’allergos en exercice.

« C’est terrible » disait Pierre Desproges « d’écouter quelqu’un vous parler de son cancer alors qu’on est soi-même très enrhumé ». Pas besoin d’une maladie grave pour avoir sa vie empoisonnée, les rhinites allergiques en savent quelque chose.

Docteur Serge Rafal