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C’est quoi au juste l’aphasie ? La chronique du docteur Serge Rafal

La cognition, c’est l’ensemble des processus mentaux qui se rapportent à la connaissance : elle met en jeu la mémoire, le langage, le raisonnement, l’apprentissage, la résolution de problèmes, la prise de décision, la perception et/ou l’attention. Et la perte cognitive, c’est précisément l’altération d’une ou plusieurs de ces fonctions, c’est-à-dire une réduction significative et évolutive des capacités, dans un ou plusieurs de ces domaines, qu’on peut qualifier d’intelligence. Le terme d’aphasie, donné au XIXème siècle par le neurologue bordelais Paul Broca, provient du grec aphasia, a privatif et phasis = parole et signifie par conséquent « sans parole », ce qui résume parfaitement ce trouble polymorphe, dont les signes et l’intensité dépendent de la région du cerveau lésée et de son étendue. Cette pathologie ne touche évidemment pas que les stars hollywoodiennes, 300 000 personnes en souffrent en France. 

Ca n’est pas seulement un trouble de la parole, ça peut être également un trouble du langage. Le trouble de la parole entraîne lui des difficultés, des hésitations, des arrêts pour s’exprimer ou prononcer certains mots. Le trouble du langage est responsable de difficultés pour choisir et combiner les mots ou les suites de mots, ce qui peut faire naître un jargon incompréhensible. Et peuvent exister ou s’associer des problèmes d’écriture, de lecture. On comprend que ces difficultés soient rédhibitoires pour tout travailleur public, a fortiori un acteur.

Les causes de l’aphasie : le plus souvent un AVC, lésion du cerveau qui survient à la suite de l’obstruction (accident ischémique) ou de la rupture d’un vaisseau (hémorragie cérébrale). Les symptômes de l’AVC se manifestent généralement brutalement, sont très divers et d’intensité variable, selon la zone touchée et la gravité de la lésion. On peut observer : – Un déficit brutal avec faiblesse, engourdissement ou paralysie soudaine d’un côté du visage, d’un bras ou d’une jambe (hémiplégie), – Une perte soudaine de la vision d’un œil ou d’une partie du champ visuel, la vision qui se dédouble, – Une désorientation temporo-spatiale, des difficultés de compréhension, la gêne pour parler qui définit l’aphasie. Celle-ci se manifeste lorsque la zone du langage, située dans l’hémisphère gauche d’un droitier est lésée par la lésion : AVC, traumatisme crânien, tumeur, infection, maladie d’Alzheimer.

Les différents types d’aphasie dépendent je l’ai suggéré, de la localisation dans le cerveau : – L’aphasie de Broca dite motrice touche la parole mais conserve la compréhension, – L’aphasie de Wernicke dite sensorielle touche elle la compréhension du langage et peut s’accompagner d’une logorrhée parfois amphigourique.

Le diagnostic est généralement évident cliniquement, confirmé par l’imagerie (TDM ou IRM).

Tout dépend bien entendu de la cause… curable ou pas. Le traitement consiste principalement en une rééducation, principalement des soins   d’orthophonie, entrepris précocement et souvent sur un temps long.

« La parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui écoute » nous dit Montaigne. On comprend ainsi mieux le drame que représente l’aphasie pour celui qui en est victime et pour ses interlocuteurs. Améliorer le langage et la communication, éviter le repli social, l’isolement, la dépression constituent donc des objectifs primordiaux face à ce trouble aussi déconcertant pour la famille et les proches qu’invalidant pour le patient.

Docteur Serge Rafal