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De quoi meurent les jeunes dans le monde ? La chronique du docteur Serge Rafal

Je voulais vous communiquer les résultats d’une enquête publiée il y a quelques semaines dans le Lancet, une des principalement revues scientifique mondiales, et qui répertoriait les causes des décès des adolescents et jeunes adultes, entre 1950 et 2019 dans plus de 200 pays et territoires.

En 2019, il y a eu dans le monde près d’un million et demi de décès de jeunes dont près de deux tiers de garçons… ce qui représente si vous comptez bien 5000 décès par jour ! Les plus jeunes des ados (10-14 ans) constituent la population la moins à risques, toutes tranches d’âge confondues. Les causes de décès se répartissaient ainsi : – Environ un tiers sont dus à des AVP (route = 115 000 décès, noyades = 30 000), des violences, des conflits, – Près d’1/3 à des maladies transmissibles, nutritionnelles, ou liées à la période grossesse-accouchement. A titre d’exemple, les ados représentent 10% des nouvelles infections par le VIH, les trois quarts étant d’ailleurs des filles ; – Un peu plus du quart des décès sont dus à des maladies transmissibles : l’absence de vaccination est responsable de nombreux morts par rougeole, pneumonie, méningite… ; – Enfin un peu moins d’un sur 10 est dû à des suicides (= 3ème cause de décès chez les 15-19 ans). La moitié des troubles de santé mentale se manifestent dès l’âge de 14 ans mais ils ne sont ni détectés ni bien sûr traités dans la plupart des pays. Et l’augmentation de la consommation de substances psychoactives (cannabis) chez les plus jeunes est très préoccupante et a déjà et aura des répercussions négatives prochainement.

Le taux de mortalité des ados est associé au niveau de développement des pays et constitue un indicateur fondamental de la santé dans chacun d’entre eux. La proportion de décès a plus que doublé pendant cette période mais 2 fois plus chez les garçons que les filles. Ces différences entre les sexes s’observent dans toutes les régions du monde mais avec des disparités géographiques. Depuis 1980, les décès liés aux maladies transmissibles et à la grossesse-accouchement ont fortement chuté dans les pays occidentaux mais pas en Afrique subsaharienne, en Asie centrale et du Sud, en Océanie (à l’exclusion de l’Australie et la Nouvelle-Zélande, en Amérique latine et aux Caraïbes où ils représentent la moitié des décès. La probabilité moyenne du décès d’un enfant de 10 ans avant 24 ans est 6 fois plus élevée en Afrique qu’en Europe. 

La violence, la pauvreté, l’exclusion, la vie dans des situations de guerre ou de crise humanitaire, le début précoce de la consommation de tabac et d’alcool, les besoins de contraception non accessibles partout, les mariages forcés, l’accès à un enseignement de qualité, le Covid avec ses conséquences, non sur la mortalité immédiate, mais sur l’éducation et l’emploi et la santé mentale. Et enfin la dénutrition et maintenant le surpoids et l’obésité, l’absence d’activité physique en particulier chez les filles…

Même si Charles Baudelaire écrit joliment dans « Les fleurs du mal » : « C’est la mort qui console, hélas et qui fait vivre, c’est le but de la vie et c’est le seul espoir, qui comme un élixir nous monte et nous enivre, et nous donne le cœur de marcher jusqu’au soir ». Il est tout de même préférable de tout mettre en œuvre pour la retarder au maximum et l’éviter chez les plus jeunes.

Docteur Serge Rafal