(Crédit : DR)

Une maladie ophtalmologique volontiers insidieuse, parfois aiguë, le glaucome, la chronique du docteur Serge Rafal

J’ai reçu la semaine dernière dans Refoua, le Dr Jacques Laloum, chirurgien-ophtalmologiste, spécialiste de cette maladie, auteur d’un ouvrage au titre explicite, « Le glaucome, prévenir, dépister et traiter », publié chez Odile Jacob. Il nous a expliqué que cette maladie de l’œil touchait chez nous entre 600 000 et 1 million de personnes. La fourchette est très large car beaucoup de patients ignorent qu’ils sont atteints, tant les symptômes sont le plus souvent insidieux. Ceci est d’autant plus dramatique que cette maladie est grave puisqu’elle constitue la 2ème cause de cécité dans les pays occidentaux, derrière le diabète et devant la cataracte et la DMLA.

Le glaucome entraîne une augmentation anormale de la pression intraoculaire, ce qui a pour conséquences la dégénérescence très progressive et irréversible des fibres du nerf optique qui transmettent au cerveau les informations lumineuses arrivant sur la rétine. Ceci entraîne à la longue un trouble visuel avec un trou dans le champ de vision en particulier sur les côtés et parfois une cécité si l’augmentation est brutale comme dans le glaucome aigu, l’urgence absolue.

Une douleur très vive à l’œil (symptôme à ne jamais négliger contrairement à une hémorragie sous-conjonctivale qui est plus inquiétante mais souvent banale) qui peut être rouge et dur, une baisse brutale de la vision. Une consultation spécialisée et un traitement d’urgence sont indispensables pour ne pas perdre une partie de la vue ou la vision.  

La forme chronique représente fort heureusement 80 à 90% des cas. Elle est longtemps peu ou asymptomatique, dépistée par un examen OPH systématique. À proposer donc tous les 3 ans, à partir de 40 ans, chez les personnes à risques.

Les facteurs de risque : -l’hérédité (l’existence d’Antécédents familiaux) ; – L’âge (le risque est augmenté après 45 ans) ; – L’origine ethnique (africaine subsaharienne, antillaise, hispanique) ; – Le sexe (les femmes sont 3 fois + souvent touchées que les hommes) ; – Les maladies de l’œil dont la myopie sévère (opérée ou pas) ou l’hypermétropie ; – Le DT2 ; – L’hypertension artérielle et un mauvais état cardio-vasculaire. Auxquels peuvent se rajouter : – Un traumatisme de l’œil ; – La prise de certains médicaments (atropine, antiparkinsoniens, psychotropes, cortisone sous forme de collyre) ; – Le tabagisme… Tous peuvent entrainer ou aggraver cette maladie en augmentant la pression intra-oculaire de l’humeur aqueuse, le lubrifiant de l’œil. 

On peut prévenir le glaucome par un dépistage précoce… qui est rendu difficile par les spécificités de cette affection, souvent asymptomatique et très progressive. Et par une bonne hygiène de vie, tellement je l’évoque régulièrement (diète méditerranéenne, activité physique quotidienne, préservation du sommeil, gestion du stress, alcool modérément, pas de tabac).

Le glaucome se traite médicalement le plus souvent, au moyen de collyres qui réduisent la PIO. Ils doivent être administrés régulièrement… et à vie puisqu’ils ne sont pas curatifs. Le traitement peut parfois consister en séances de laser ou en une intervention chirurgicale.

Je pense avoir suffisamment insisté sur l’importance d’un diagnostic précoce et d’un traitement parfaitement suivi, au sens d’observance. Oscar Wilde dans « Le portrait de Dorian Gray » explique que « Le vrai mystère du monde réside dans le visible et non l’invisible ». Mettons tout en œuvre pour conserver ce secret et donc la vue le plus longtemps possible.

Docteur Serge Rafal