La Radio Juive

Les terroristes de Hadera : Daech ou Orange Mécanique ?

(Crédit : capture d'écran)

Entre l’attentat de Beer Sheva du 22 mars et celui de dimanche soir à Hadera, le bilan est de six tués. Deux attaques perpétrées par des Arabes israéliens et de surcroit se réclamant de Daech. Ce qui paraissait il y a une semaine comme anecdotique, est désormais pris au sérieux. Et c’est bien sûr cette marque du groupe Etat islamique, jusqu’ici très peu présente dans le paysage terroriste local. Un des deux terroristes de Hadera avait été condamné il y a six ans pour lien avec Daech. Mais après dix-huit mois de prison, il avait été libéré sans faire l’objet d’un suivi particulier. Comme le terroriste de Beer Sheva.

Pourtant, il y a cinq ans, le Shin Beth avait démantelé à Houra, dans le Néguev un groupe d’enseignants bédouins qui dispensaient à leurs élèves l’idéologie de Daech. Et ils avaient été directement formés par des collègues arabes israéliens venus notamment d’Umm el Fahm. Houra, c’est la localité d’où venait le terroriste de Beer Sheva, lui-même ancien membre de ce réseau, et les deux terroristes de Hadera venaient d’Umm el Fham…

Cela dit, il est vrai que le phénomène était resté très marginal. Et la perte d’influence de Daech en Syrie et en Irak avait aussi rassuré les services de sécurité israéliens qui pensaient la menace écartée. D’autant que côté palestinien, on redoute au moins autant les djihadistes du groupe Etat islamique, qui sont systématiquement réprimés et éradiqués.

Mais clairement, cela ne résout pas le problème. Les quelques dizaines de sympathisants de Daech arrêtés au cours de ces dernières années étaient généralement incarcérés par le système pénitentiaire israélien avec des détenus du Hamas, qu’il considérait comme le meilleur moyen de les « dé-radicaliser » en quelque sorte. Sauf que ce combat du feu par le feu n’a apparemment pas suffi. De plus, il faut considérer les conditions dans lesquelles l’attentat de dimanche à Hadera  a été organisé. Il parait très peu probable que les terroristes aient eu un contact direct avec Daech. Il s’agit plutôt d’une influence, à travers les réseaux sociaux. C’est pour cela que l’on parle d’une inspiration ou d’un modèle Daech. On est en présence d’individus qui cherchent un habillage idéologique à leur explosion de haine et de violence antijuive. D’ailleurs leur mise en scène de l’attaque, qu’ils ont démarrée revêtus de combinaisons blanches, avant de les retirer et d’apparaitre avec des t-shirts  portant la tête de mort d’un héros de série Marvel, indique une espèce de mélange de symboles destinés à semer la terreur plus qu’une idéologie spécifique. Une sorte « d’Orange mécanique » à la sauce djihadiste.

Ce qui est plus préoccupant, c’est l’arsenal dont ils disposaient. Même achetés au marché noir, les armes, pistolets, fusils d’assaut, gilets pare-balles et le millier de cartouches dont ils étaient équipés, tout cela se chiffre en milliers d’euros. On sait que les armes circulent dans le secteur arabe au point d’être devenu un véritable fléau, mais l’acquisition d’une telle quantité aurait dû allumer des signaux d’alarme, au moins auprès de leurs proches.

Il faut maintenant établir si l’on est en présence d’un nouveau phénomène susceptible de se développer et qu’il faut ajouter au contexte général de tension. Naftali Bennett a ordonné un déploiement renforcé des forces de sécurité en Israël et en Judée Samarie jusqu’au mois de mai. Et autorisé des détentions administratives et un suivi beaucoup plus serré des réseaux sociaux.

Pascale Zonszain

LE 29-03-22 - 09:20