La Radio Juive

Le mystérieux voyage à Roissy le 13 novembre : l’aéroport, une cible ? La chronique de Michel Zerbib

(Crédit : Twitter)

Dès ce mardi 29 mars les accusés seront interrogés sur leur rôle la semaine du 7 au 13 novembre 2015. Mais hier (lundi), c’est un enquêteur qui a éclairé la cour sur les jours et les heures qui ont précédé les attaques et notamment sur un mystérieux voyage à Roissy.

Le témoin se présente à la barre et sort des dossiers et un ordinateur. Le policier avait déjà été entendu et son identité ne sera pas révélée ici encore. L’enquêteur commence son exposé à partir d’une carte du Nord du territoire français et de la Belgique où apparaît le trajet des terroristes de Molenbeek à Bobigny et Alfortville. L’enquêteur projette une photo de la Clio de Brahim Abdeslam flashée sur la route de Bobigny. Il avance que certains enquêteurs se sont posé la question de la présence éventuelle d’une troisième personne à l’arrière du véhicule du fait de la présence d’une tache orange.

Le policier raconte la Clio des terroristes va ensuite entrer en France avec à son bord Brahim Abdeslam, membre du commando des terrasses, et Mohamed Abrini, qui rentrera en Belgique curieusement dans la nuit du 12 au 13 novembre. La Seat ferme le convoi avec les quatre autres membres du commando : « A savoir les deux Irakiens (deux des trois terroristes du stade de France), Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh (deux membres du commando des terrasses). » Des photos de l’intérieur de l’une des chambres de l’appart’hôtel d’Alfortville sont projetées à l’écran. Seule cette chambre aurait finalement été occupée par les terroristes. 

L’enquêteur fait aussi projeter des photos de l’intérieur du pavillon de Bobigny. Plusieurs éléments de préparation des attentats y ont été retrouvés : des inflammateurs et des morceaux de tissus qui ont servi à confectionner les gilets explosifs des terroristes.

dans l’après-midi du 13 novembre. Il pourrait s’agir d’un repérage. Le véhicule est passé par le boulevard Voltaire, dans le XIe, boulevard Bonne Nouvelle, près de la place de la République, avant de repartir vers la porte de Champerret pour emprunter l’autoroute et se rendre à Roissy. « Ce qu’a pu faire ce véhicule au niveau de Roissy, on ne le sait pas », admet le policier . Tout le monde pense à l’aéroport Roissy comme cible potentielle.

Le président s’interroge bien sûr : « Est-ce que vous avez pu privilégier des hypothèses concernant ce passage à Roissy ? »

« Sincèrement non, dans le cadre du grand banditisme, ça peut être tellement de choses », répond l’enquêteur. En sauront nous plus avec Abrini et Abdeslam devant la Cour ? Pas sûr. L’enquêteur révèle que le sang de Brahim Abdeslam a été retrouvé dans le pavillon de Bobigny. « Il a beaucoup saigné donc on l’a retrouvé à divers endroits ». On ignore la manière dont le terroriste s’est blessé mais la planque a vraisemblablement servi de lieu de préparation des gilets explosifs, ce qui pourrait l’expliquer.

La parole est au parquet antiterroriste qui questionne l’enquêteur sur la découverte des planques en région parisienne. Le propriétaire du pavillon de Bobigny va reconnaître Brahim Abdeslam dans un reportage télé après les attaques et contacter la police.

Le ministère public met en évidence les différents coups de fil passés entre les lignes des terroristes et la Belgique. La ligne attribuée à Bilal Hadfi, se déplace dans la soirée d’Alfortville vers Bobigny. Alors Bilal Hadfi aurait-il « remplacé » Mohamed Abrini ? L’avocat général semble suivre cette piste et souligne que les conditions de départ d’Abrini montrent qu’il était « totalement imprévu ».

L’avocate PC relève un élément du dossier qui évoque que Bilal Hadfi avait les compétences en explosifs et que c’est peut-être ce qui explique son déplacement d’une planque à l’autre. Me Topaloff l’interroge sur l’hypothèse d’un « remplacement » de Mohamed Abrini par Bilal Hadfi et demande s’il était donc possible que quatre terroristes étaient initialement prévus pour frapper le Bataclan. La cible principale était le Bataclan, dit l’enquêteur. Donc quatre terroristes, c’était fort probable. L’enquêteur donne les endroits où l’un des téléphones des terroristes a borné dans Paris, notamment boulevard Voltaire, l’après-midi du 13 novembre. «S’il y a eu des repérages, c’est cet après-midi là que ça s’est fait », confirme l’enquêteur.

Me Marie Violleau, l’une des avocates de Mohamed Abrini veut en savoir plus. L’avocate évoque aussi un appel de la France et la Belgique qui correspond au moment où Mohamed Abrini s’en va. L’avocate demande à l’enquêteur s’il lui paraît cohérent que son client devait faire partie des commandos. Longue réflexion… l’enquêteur finit par dire : «J’ai envie de vous dire oui, ça me paraît cohérent. Monsieur Abrini participe à toutes les démarches préparatoires.»

Selon Me Martin Vettes avocat d’Abdeslam explique « Alfortville appelle la Belgique, qui appelle ensuite Bobigny.  » « C’est un fonctionnement extrêmement cloisonné » pour le policier français qui termine en disant : ‘C’est un fonctionnement que je qualifierais, avec tout le respect que j’ai pour l’armée, de militaire' », répond l’enquêteur. Pour, selon lui, éviter de « polluer » l’ensemble de la cellule en cas de repérage. Aujourd’hui Abrini va être interrogé et il est très attendu.

Michel Zerbib

LE 29-03-22 - 09:37