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La valériane, la plante tranquillisante qui aide à dormir, la chronique du docteur Serge Rafal

Son nom qui provient du latin valere (= se porter bien) traduit à la fois l’ancienneté de son utilisation dès l’Antiquité (par Hippocrate, Dioscoride, Galien) et ses propriétés médicinales. Jusqu’au XVIème siècle, elle est d’ailleurs considérée comme une panacée, on parle d’herbe aux coupures, d’herbe à la femme battue et surtout d’herbe-aux-chats, les seuls à aimer ou supporter son odeur nauséabonde. Elle sent mauvais mais elle est plutôt belle avec ses allures d’ombrelle, une longue tige dressée et cannelée et des fleurs blanches, roses ou rouges à son extrémité.

Antispasmodiques nous dit la tradition, longtemps prescrite d’ailleurs contre l’épilepsie avant qu’on ne découvre la supériorité thérapeutique du bromure au XIXème siècle puis celle du phénobarbital au début du XXème siècle. Je dirais pour ma part, surtout sédative et tranquillisante. Elle a longtemps fait partie du traitement des « dystonies neurovégétatives », terme à présent désuet. Elle a été dans ces indications nerveuses détrônée par la découverte des Bzd, le Librium en 1959, le Valium en 1960… puis leurs petits frères ou cousins (Lexomil, Lysanxia, Xanax…). Mais leur efficacité même, qqs effets indésirables (somnolence) et le risque d’accoutumance ont fait que de nombreux patients sont progressivement revenus vers les plantes, qu’on imaginait définitivement rangées, à double clé, dans les armoires des apothicaires. Et parmi elles la valériane et les plantes sédatives.

Bien sûr il y a d’autres plantes sédatives et elles sont nombreuses. Citons l’aubépine, la ballote, la camomille, la lavande, le lotier, le mélilot, la mélisse, la passiflore, le tilleul, la verveine… qu’on retrouve dans de nombreuses spécialités calmantes de (para)pharmacie.

Traditionnellement la valériane est une plante de l’insomnie. Elle raccourcirait le temps d’endormissement, améliorerait la qualité et la durée du sommeil, mais probablement plus par ses vertus tranquillisantes qu’hypnotiques. L’escholtzia, la fleur d’oranger (l’huile essentielle de petit grain bigarade) lui semblent supérieures pour dormir, ces 3 plantes sont d’ailleurs souvent associées car leur action se potentialise à merveille.

Des effets indésirables : parfois de la somnolence, des maux de tête, des nausées, des douleurs abdominales mais aucune toxicité n’a été signalée. On la déconseille toutefois par prudence chez la femme enceinte et allaitante, l’enfant de moins de 12 ans.

En décoction, 5 g (ou 1 cuiller à soupe) de racines séchées pour un bol d’eau, qu’on fait bouillir 3 minutes, posologie : 2-3 bols par jour. Sous forme sèche, gélules de poudre ou d’extrait sec, dosées à 300-400 mg, 2 à 4 gélules par jour ; sous forme liquide, TM alcoolique (40 gouttes dans un peu d’eau, 2-3 fois par jour), ou EPS, 1 c à café dans un peu d’eau, 1 à 2 fois par jour. 

Freud disait : « Le rêve est le gardien du sommeil ». Je rajouterais, la valériane peut-être son ange-gardien qui calme et aide à bien dormir sans hypothéquer la santé des précieux neurones et favoriser la redoutée maladie d’un certain Aloïs A. 

Docteur Serge Rafal