La Radio Juive

La chaine Telegram du terroriste « un simple couteau et tu fais de la charcuterie de porc »

(Crédit : Twitter)

Les deux salles d’audience ne sont pas loin entre elles , ce qui me permet de faire la navette si j’ose dire dans ces deux procès très importants .Alors place à l’interrogatoire de Yassine Sebaihia ce jeudi. Rappelons d’abord que : quatre hommes sont jugés, dont un grand absent,

Rachid Kassim désigné comme l’instigateur de l’attentat, soupçonné d’avoir commandité cette attaque, présumé mort en Syrie. Les accusés présents dans le box : Yassine Sebaihia, Farid Khelil et Jean-Philippe Steven Jean Louis. Les auteurs Kermiche et Petit jean ayant été abattus par la BRI après l’égorgement du père Hamel au moment des faits, il a 21 ans. Il n’a pas de travail, a rompu avec sa copine et a le sentiment qu’on lui a jeté un sort. Sans éducation spirituelle particulière, il a commencé à faire ses prières. Et il  a regardé des vidéos sur YouTube sur le Jihad en Syrie.

Yassine Sebaihia a consulté la chaîne Telegram d’Adel Kermiche. Il ne se sentait « pas concerné » par les appels au meurtre lancés dessus. Il a expliqué qu’il cherchait des contacts pour prendre des cours de religion.

Le 23 juillet, Yassine Sebaihia s’est disputé avec sa mère qui menaçait de le mettre dehors. Adel Kermiche lui a proposé de venir à Rouen pour prendre des cours de religion à la mosquée.

Quand il est arrivé le 24 juillet au soir, c’est Abdel Malik Petitjean qui l’a accueilli. Les relations se sont refroidies quand Yassine Sebaihia a dit qu’il avait une copine et qu’il n’était pas marié. Ils ont passé le début de nuit dans un parc. Le père de Kermiche ne les voulait pas chez lui.

En milieu de nuit, Adel Kermiche les a fait rentrer dans la maison. Yassine Sebaihia s’est assis sur le canapé. Les deux autres ont parlé, de l’autre côté de la porte. Au matin du 25 juillet, le Toulousain a décidé de repartir. Il a eu le sentiment « d’être rejeté ».

Après l’attentat, Yassine Sebaihia supprime de son téléphone la chaîne Telegram et efface sa conversation avec Adel Kermiche.

Le président s’est étonné qu’après l’attentat il ait gardé une chaîne Telegram sur laquelle il a été dit : « un simple couteau et tu fais de la charcuterie de porc ». Réponse de l’accusé : « Je n’ai jamais répondu et fait l’apologie du terrorisme sur cette chaîne. »

Sur place, jamais Adel Kermiche n’a parlé à Yassine Sebaihia d’attentat ou de départ en Syrie. Le président de la cour s’en est étonné encore  : « Le type est monomaniaque et dans la logorrhée ».

Yassine Sebaihia a redit avec force : « Je suis parti pour des cours de religion. » Le président est surpris : « Pourquoi deux personnes en train de préparer un attentat font venir sur place une personne naïve qui veut suivre des cours ? »

Le 25 juillet 2016, Yassine Sebaihia a décidé de s’en aller dès 8 heures du matin. « Je suis parti déçu, triste », s’est-il souvenu. Pas calculé en quelque sorte par les deux terroristes . Voire …

C’est Francis Szpiner, l’avocat des parties civiles, qui lui a demandé : « Quel intérêt de regarder des vidéos qui font l’apologie du crime ? » Yassine Sebaihia a répondu qu’il n’y trouvait pas de « plaisir » mais que « cela donne envie de voir la suite. »

Me Szpiner : « Pourquoi rejoindre Adel Kermiche pour prendre des cours de religion ? » alors qu’il y a 10 mosquées à Toulouse). Et l’accusé  : « C’est le fait d’être ensemble, d’être avec des jeunes et de sortir de chez moi. Je n’ai pas réfléchi, je suis parti. »

Yassine Sebaihia fait son mea culpa : « J’ai fait un voyage très imprudemment. Si je suis là, c’est à cause de moi ».

Salya Andwalli lui a conseillé de réfléchir avant de répondre : « J’ai le sentiment que vous vous êtes enfermé dans une version, ça n’aggravera pas votre situation si vous nous dites que vous étiez au courant des faits. »

Elle lui a demandé : « La religion que vous allez chercher, c’est le jihadisme. Comment pouvez vous aller chercher des cours de religion quand on voit les propos horribles d’Adel Kermiche (sur sa chaîne Telegram, ndlr) ? »  Réponse : « Je ne sais pas, je me suis précipité ».

Place à Maître Katy Mira, l’avocate de Yassine Sebaihia, de poser des questions à son client avant la fin de l’interrogatoire : « Pourquoi vous supprimez de votre téléphone votre conversation avec Adel Kermiche », a-t-elle demandé. Réponse : « J’ai eu peur ».

Michel Zerbib

LE 04-03-22 - 09:45