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Prévenir la mort subite de l’activité sportive, la chronique du docteur Serge Rafal

Une étude diligentée par le Centre Expertise Mort Subite de l’Inserm vient de publier les résultats d’une étude qui fait froid dans le dos. Environ 1000 personnes, dont une vingtaine de jeunes, décède chaque année au cours d’une compétition sportive. Leur profil moyen est celui d’un homme de 50 ans, pratiquant plutôt une activité de loisirs. Dans les ¾ des cas, la cause n’est pas connue car une autopsie n’a pas été réalisée. Et dans le 1/4 des cas connus, la cause, cela ne nous étonnera pas, est surtout de nature cardio-vasculaire : trouble du rythme, cardiomyopathie, rupture d’anévrysme chez le sujet jeune, IDM dans les tranches d’âge plus élevées. Un traumatisme, responsable d’une hémorragie intracrânienne, est parfois responsable dans des sports de combat ou de contact comme le foot ou le rugby.

La mort subite du sportif c’est par définition un décès soudain à l’entraînement, pendant la compétition ou dans l’heure qui suit, chez quelqu’un, en bonne santé apparente, 6 heures auparavant. 

Des signes doivent en tout cas être recherchés, signalés et explorés : vague douleur thoracique, essoufflement anormal ou gêne respiratoire, palpitations, nausées, malaise et évidemment syncope. Et même auparavant une diminution des performances physiques ou sexuelles ou le sentiment d’être bridé doivent alerter et déclencher des explorations cardiologiques.

Un interrogatoire serré à la recherche de ces signes, une prise du pouls et de la TA, un ECG même et surtout chez les très jeunes et en cas de reprise chez les plus âgés, a fortiori, s’ils ont pratiqué à bon ou haut niveau. Une échographie cardiaque et/ou une épreuve d’effort doivent être demandées s’il existe des facteurs de risque (hérédité, âge > 45 ans chez l’homme, > 55 ans chez la femme, diabète, cholestérol, hypertension artérielle, surpoids, tabac, stress. Parfois un Echo-Doppler carotidien ou un corono-TDM (calciscore), à la recherche de plaques d’athérome, respectivement sur les carotides ou les coronaires. 

3 gestes d’urgence en cas d’arrêt cardiaque : – Appeler immédiatement le 15, le 18 ou le 112 ; – Démarrer sans tarder un Massage Cardiaque Externe (MCE) d’où l‘importance d’être familiarisé avec ce geste. Mais dans + de la ½ des cas, ça n’a pas été fait avant l’arrivée des secours ; – Et dans l’idéal, disposer et savoir utiliser un défibrillateur. Reconnaissons qu’il n’y en a pas partout et que tout le monde ne sait pas s’en servir. C’est la raison pour laquelle il faut urgemment prévenir les secours, car eux arriveront avec ce matériel. A noter que le bouche à bouche d’autrefois est totalement inutile et dangereux, à éviter en outre en période de Covid, il faut juste masser la région cardiaque, sur un rythme soutenu et sans casser les côtes. L’étude de l’Inserm explique que le taux de survie de cet état de mort apparente pouvait ou aurait pu être récupéré dans plus de la moitié des cas si ces mesures de réanimation avaient été mises en œuvre rapidement, le défibrillateur étant plus efficace (85%) que le MCE (50%). 

Bien sûr : – Ne pas pratiquer d’activités sportives lorsque les températures sont extrêmes (< 5° ou > 30°) ou lors des pics de pollution : – Ne pas fumer dans l’heure qui précède le sport et les 2h qui suivent ; – Ne pas prendre d’excitants, quels qu’ils soient, avant l’effort, les plus anciens se souviennent de Tom Simpson, bourré d’amphétamines, mort sur les pentes du mont Ventoux en 1967 ; – Ne pas consommer d’anti-inflammatoires avant l’effort pour prévenir ou réduire d’éventuelles douleurs ou courbatures car ils majorent le risque cardiaque ; – Ne pas faire de sport en cas de fièvre ou dans la semaine qui suit un épisode infectieux ; – S’échauffer doucement avant tout effort sportif et se laisser au moins 10 minutes de récupération après ; – Signaler toute douleur dans la poitrine, tout essoufflement anormal, toute palpitation, tout malaise même léger, survenant à l’effort ou au retour au vestiaire ; – Boire 2-3 gorgées d’eau toutes les 20 min pendant l’effort puis bien s’hydrater après ; – Pratiquer un bilan médical et cardiologique régulièrement.

La pratique d’une activité sportive est unanimement recommandée pour ses bénéfices cardio-vasculaires, nous insistons d’ailleurs beaucoup et régulièrement sur ses bienfaits. Faites juste attention au cœur forcé ou brisé qui peuvent survenir subitement sans prévenir… et qu’on aurait parfois pu et dû éviter et qui constituent alors un terrible crève-cœur !

Docteur Serge Rafal