(Crédit : Twitter)

Sefrioui l’islamiste du collectif Cheikh Yassine et de l’affaire Samuel Paty, la chronique de Michel Zerbib

Sefrioui sera bientôt jugé pour son rôle dans l’assassinat du professeur d’histoire Samuel Paty ; il est à l’isolement et les demandes de libération ont été rejetées. C’est l’homme qui en 2004, fonde le collectif Cheikh-Yassine, un mouvement pro— hamas qui est dissous le 21 octobre 2020. Le 17 octobre 2020, il est mis en garde à vue après l’ assassinat de Samuel Paty puis mis en examen le 21 octobre pour « complicité d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste ».

Actif dans le militantisme islamiste en région parisienne depuis la fin des années 1980, il obtient la nationalité française en se mariant avec une française convertie à l’islam.

Abdelhakim Sefrioui fait partie des membres fondateurs du Conseil des imams de France, dont il se revendique représentant en 2020 lors de sa campagne contre l’enseignant Samuel Paty. Ce conseil est un groupuscule qui sera pourtant un interlocuteur de Nicolas Sarkozy qui assiste à son quatrième congrès. Il est alors soutenu par la Grande mosquée de Paris laquelle juge en 2020 qu’« ils ont été les premiers à se pavaner avec la barbe et à former des gens un petit peu radicaux et très hostiles, un peu comme le GIA, comme ces mouvements dangereux qui ont vécu en Algérie, mais aussi en France ».

En 2003 il a été enseignant en informatique au sein del’ Education nationale française pendant quinze ans. Il dirige alors la librairie intégrée située rue jean pierre Timbaud (11e arrondissement de Paris) qui sert aussi de salle de prière et d’où « il mène des actions, donnant à ce lieu la réputation de bastion de l’islam rigoriste. Le 22 mars 2004, jour de l’assassinat du leader « spirituel » du Hamas Ahmed Yassine, Abdelhakim Sefrioui fonde le mouvement pro-Hamas.

Collectif Cheikh-Yassine

Ce collectif se positionne constamment contre les personnalités musulmanes jugées trop proches du gouvernement, et présente les musulmans comme systématiquement opprimés. Son épouse joue avec lui un rôle prééminent dans les activités de ce collectif.

Ce groupuscule gère un temps « le site de l’association cultuelle Ansar-al Haqq. Une plateforme de recrutement pour partir faire le jihad. » En 2015, l’ancien policier Bernard Godard estimait que les mots d’ordre de ce collectif étaient « nettement antisémites ».

En 2005, il préface le livre du Frère musulman Youssef Al quardawi « un frère musulman extrême » selon Hassen Chalgoumi.

En 2009, Sefrioui tente d’intimider le recteur Dalil Boubakeur , après des propos de celui-ci appelant à l’amitié envers les juifs.

En 2010, oui il s’oppose à l’ Imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, réputé proche de la communauté juive et qui vient d’approuver une loi limitant le port du voile intégral. Tentant de déstabiliser l’imam Chalghoumi et de le faire destituer de son poste à la mosquée de Drancy, il est brièvement placé en garde à vue pour avoir manifesté et essayé d’organiser des groupes de prière sur le parking adjacent alors que son collectif est interdit de manifestation. L’année suivante, Chalghoumi est placé sous protection policière après des menaces proférées par Sefrioui et ses soutiens. Selon l’imam Chalghoumi, « On aurait dû interdire ses actions il y a bien longtemps. »

Le préfet de Seine-Saint-Denis et le directeur des renseignements généraux tentent alors, sans succès, d’obtenir une déchéance de nationalité.

Il est fiché « pour radicalisation à caractère terroriste ».

En 2005, il s’était rapproché de Dieudonné. Proche des milieux négationnistes, un « Comité sur le génocide en Palestine ». En 2006, il devient membre du bureau de campagne de Dieudonné , bureau auquel participent des militants fascistes , négationnistes et des islamistes radicaux» et auquel il est chargé des  liens arabo-musulmans .

C’est Abdelhakim Sefrioui qui assiste des parents d’élèves venus protester contre le professeur qui a fait un cours sur les caricatures . Il se rend dans l’établissement avec le parent d’élève pour parler avec la principale et exiger d’elle qu’elle congédie l’enseignant « sous peine de manifestations »

Au moins deux vidéos sont diffusées sur Internet, traitant le professeur, entre autres, de « voyou » et de « malade ». L’une d’entre elles provient du père de famille qui condamne l’utilisation de ces caricatures en traitant ensuite le professeur de « voyou ».

Le parent d’élève polémiste porte ensuite plainte à la police pour « diffusion d’images pornographiques ». Il est avec sa fille qui ment en affirmant aux policiers avoir assisté au cours.

Le 17 octobre, le lendemain de l’assassinat de Samuel Paty, Abdelhakim Sefrioui est mis en garde à vue pour 96 heures, afin de déterminer son rôle dans l’attentat lors de l’enquête ouverte pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle . Il est mis en examen à l’issue de la garde à vue pour « complicité d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste .

La cour d’appel a souligné que Sefrioui a échangé au téléphone à de très nombreuses reprises avec Brahim Chnina (le père de la collégienne ) qui a lui-même eu l’assassin de Samuel Paty, Abdullakh Anzorov à sept reprises au cours de la même période.

Pourtant ses avocats vont donc saisir une nouvelle fois la chambre de l’instruction pour tenter d’obtenir cette libération. Depuis des mois, ils contestent l’«incohérence» de la mise en cause de Sefrioui pour «complicité» de l’assassinat et demandent instamment la fin de sa détention à Beauvais, «à l’isolement total».

Dans leur viseur, Priscilla M., une femme restée libre depuis sa mise en examen le 25 juin pour «association de malfaiteurs» terroriste criminelle, une infraction moins grave que celle de «complicité d’assassinat terroriste» reprochée à de nombreux protagonistes du dossier parmi lesquels Sefrioui.

Cette femme radicalisée, «Cicatrice sucrée» sur les réseaux sociaux, est l’épouse religieuse d’un homme condamné récemment pour un projet d’attentat terroriste. Elle a aussi été en contact, comme l’avait signalé , plus de 1 100 fois entre avril 2020 et juin 2021 avec la mère de l’un des assaillants du Bataclan, Foued Mohamed Aggad.

Evoquer cette affaire, c’est rappeler, s’il en était besoin, que la menace terroriste et sa propagande sont loin d’être derrière nous.

Michel Zerbib