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En 2022, peut-on s’attendre à un fort courant d’affaires France-Israël? La chronique de Daniel Rouach

En 2022, peut-on s’attendre à un fort courant d’affaires France-Israël? La réponse est positive. De nombreux groupes industriels français du CAC 40 attendent le bon moment pour annoncer des investissements en Israël. La « surprise » viendra certainement de Jerusalem Venture Partners (JVP). Erel Margalit, CEO de JVP a décidé de mettre la France en priorité, et surtout d’y investir.

Le fondateur et directeur exécutif de JVP, l’une des compagnies de capital-risque les plus anciennes et les plus établies d’Israël, avec 160 firmes de portefeuilles, a lancé deux pôles d’innovation : un centre de technologie alimentaire en Galilée et un centre de santé numérique à Haïfa. JVP est par ailleurs en pourparlers avancés pour expatrier son modèle d’innovation unique, Startup City, à Paris.

PRIORITE AU CYBER. De nombreux hommes d’affaires israéliens ont mis la France comme pays cile dans deux domaines : le Cyber et la Santé.

Les industriels français ont abandonné le mode passif d’approche des leaders de la cyber  sécurité israélienne. Ils n’attendent plus le feu vert des Autorités françaises pour entreprendre des partenariats technologiques avec des groupes israéliens. Les grands Groupes français, à travers leurs filiales allemandes, américaines, … travaillent main dans la main avec les israéliens. C’est le règne de la discrétion absolue qui prime.

A. CHOOSE FRANCE. Le sommet « Choose France », prévu le lundi 17 janvier 2022 au Château de Versailles, a été reporté en raison de la situation sanitaire, une séquence dédiée à l’attractivité a bien été maintenue, autour d’annonces d’investissements d’entreprises étrangères. La présence israélienne a été très symbolique.

21 projets d’investissement – représentant plus de 4 Milliards d’€ et 10 000 créations d’emplois ont été annoncés par des entreprises étrangères. Les Groupes israéliens ont été plus que discrets.

Parmi les projets, les plus emblématiques illustrent la contribution des investisseurs étrangers à la réindustrialisation de la France dans des secteurs stratégiques tels que la santé (Pfizer, Merck) ou la transition écologique (Eastman, Loop Industry). D’autres témoignent de la confiance renouvelée des investisseurs dans le potentiel du marché français (Mars, Ikea), ou encore de la capacité de la France à accueillir des projets à la pointe des nouvelles technologies (Biogen, Cisco). 

B. La présence israélienne en France demeure très modeste.

L’investissement direct israélien en France est de moins de 300 Millions d’euros, un montant extrêmement faible si on le rapporte aux investissements direct israélien à l’étranger, qui est de l’ordre de $100 Milliards d’USD.

La France est le quatrième pays cible européen pour les investissements israéliens créateurs d’emplois en Europe, derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne.

On dénombre environ 80 filiales d’entreprises israéliennes en France. Le nombre d’emplois dans l’ensemble de ces filiales est de 1500.

Le principal acteur industriel et employeur israélien en France est Teva. Le nombre d’emplois de Teva en France est de 350.

Delta Galil, principal groupe israélien dans le secteur de l’habillement, a racheté le fabricant français de sous-vêtements masculins Eminence pour 125 M€, permettant ainsi de sauvegarder plus de 600 emplois.

La grande majorité des filiales israéliennes sont de petite taille (moins de 20 employés). On dénombre quelques établissements intermédiaires d’acteurs comme Alrov (Hôtel Lutetia), Sasa Holdings (chimie et plasturgie), Frutarom (agro-alimentaire, désormais partie d’un groupe américain) ou encore Varonis et Jfrog (logiciels et services informatiques).

70% des implantations d’acteurs israéliens en France sont concentrées en région parisienne.

De manière générale, l’image de la France auprès des acteurs économiques israéliens tend à s’améliorer, permettant d’appeler leur attention sur les réformes économiques des dernières années et de remettre en cause de manière étayée l’image rémanente d’un pays très règlementé et peu ouvert aux affaires.

Ce message reste néanmoins à faire connaître de manière plus large, avec une attention particulière envers le secteur high tech israélien, auprès de qui l’image de la France comme pays d’innovation – portée notamment par la French Tech – mérite d’être mise en valeur à chaque occasion.

C. Les entreprises françaises sont attirées par l’écosystème d’innovation israélien.

La France n’est à ce jour pas dans le top 6 des investisseurs étrangers dans la tech israélienne, où l’on trouve en revanche l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Les projets concrets se multiplient, sous différentes formes : rachats de startups israéliennes (ex. : Coloright par L’Oréal, Viaccess-Orca par Orange, CMT par Thales, Blink par Havas), investissement direct ou via des fonds de capital-risque israéliens (ex. Orange, Renault, Engie, Valéo, Airbus), ouverture d’un accélérateur ou laboratoire d’open innovation (STMicroelectronics, Renault) ou partenariat avec des structures locales (ex. : Thales, Airbus, Orange, SNCF, AXA, Alstom pour les principaux). La majorité des grands groupes français ont désormais a minima une démarche de prospection technologique en Israël.

Daniel Rouach