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Attention à la bouffée délirante aigüe, la chronique du docteur Serge Rafal

La Bouffée délirante aigüe (BDA) est un épisode de délire brutal qui survient volontiers entre 20 et 30 ans. Elle associe des propos décousus, irrationnels voire incohérents à un trouble du comportement étrange ou singulier chez quelqu’un qui jusque-là allait bien psychiquement. Tout au plus peut-on noter les jours précédents, des troubles du sommeil, une certaine anxiété. La personne atteinte n’a évidemment aucune conscience de son état particulier, ni aucun recul sur la situation. Sa perception du monde est modifiée, ses relations avec l’environnement et les autres totalement aberrantes. Cet état peut durer quelques heures, jours, semaines, disparaître sans suite ou annoncer l’entrée dans une maladie psychique.

C’est un délire avec persécution, exaltation, mégalomanie, paranoïa… Il existe un sentiment de dépersonnalisation (être quelqu’un d’autre), un dédoublement de la personnalité. Des hallucinations sensorielles sont fréquentes : la personne peut entendre des voix, être persuadée qu’on lit dans ses pensées, qu’on lui impose des actes, que le présentateur TV s’adresse à elle.

Chez le quart des patients, elle reste un épisode unique. Chez un autre quart, elle survient par intermittence mais sans évoluer vers une maladie. Dans la moitié des cas, elle évolue vers une psychose, une schizophrénie ou des troubles bipolaires. La BDA demande de toutes façons à être surveillée de près.

Les causes : ça peut être un facteur externe (prise de drogue ou de toxiques, surmenage, un accouchement parfois). Ca peut être la conséquence, la décompensation d’un contexte relationnel personnel, familial, social, professionnel difficile. Ca peut être lié à un enfermement, autrefois les casernes ou maintenant la prison, le confinement. Et régulièrement, aucune cause n’est retrouvée, la BDA inaugure la maladie que rien ne laissait présager et que rien n’explique.

Principalement une confusion mentale qu’on peut observer dans la maladie d’Alzheimer, une crise d’épilepsie, une tumeur ou une hémorragie cérébrale, un trauma crânien, l’absorption de toxiques ou d’alcool. Mais la bouffée est si particulière que le diagnostic est le plus souvent évident.  

Fort heureusement. La BDA impose l’hospitalisation pour faire cesser les symptômes et effectuer un bilan complet. Les médicaments utilisés sont des neuroleptiques, des psychotropes plus forts que les tranquillisants et les antidépresseurs courants. Ce traitement peut durer de quelques semaines à quelques mois, en fonction de l’évolution. Il peut ou doit généralement être accompagné d’une prise en charge psychothérapique. 

La merveilleuse pianiste Hélène Grimaud, explique que l’artiste est toujours au bord du délire. Mais délire artistique n’est pas une BDA, épisode toujours brutal, véritable coup de tonnerre dans un ciel serein, qui demande bien entendu à être suivi attentivement afin d’éviter un acte agressif pour la victime ou pour les autres.

Docteur Serge Rafal